Rapport Dick Marty

Lourde facture politique pour Bruxelles

Les révélations sur l’implication de hauts responsables kosovars dans un trafic d’organes durant la guerre bafouent le pari européen d’un «Etat de droit»

Qui peut y croire? En septembre 2010, le responsable de la section «Crimes de guerre» auprès de la mission européenne Eulex affirmait l’exact contraire, ou presque, du rapport de Dick Marty. Pour le policier finlandais Matti Raatikainen, familier du Kosovo, «aucune évidence» n’étayait alors les accusations de trafic d’organes lancées contre l’entourage du premier ministre Hashim Thaçi, dont le parti a remporté les législatives dimanche dernier. La priorité, affirmait alors Eulex – une mission d’environ mille personnes, forte de 31 juges, destinée à «consolider l’Etat de droit» au Kosovo –, devait être au contraire de poursuivre l’enquête pour retrouver la trace des 1861 personnes toujours portées disparues lors du conflit. Parmi lesquelles une majorité d’Albanais.

L’Union européenne le sait: tout ce qui sortira sur l’implication criminelle du premier ministre Hashim Thaçi la placera en position d’accusée. Comment continuer d’exiger de Belgrade l’arrestation du général bosno-serbe toujours en fuite Ratko Mladic? Ou comment, surtout, contrer ceux qui, comme le jeune politicien kosovar nationaliste Albin Kurti, demandent le départ d’Eulex pour cause de compromission avec l’élite au pouvoir?

Le fait que la haute représentante Catherine Ashton ait fait réagir sa porte-parole au rapport de Dick Marty, lui demandant «de venir avec des preuves», en dit long. L’UE, à la vérité, n’a guère le choix. L’indépendance du Kosovo (que l’Espagne, la Roumanie, la Grèce, Chypre et la Slovaquie ne reconnaissent toujours pas), entérinée d’un commun accord avec les Etats-Unis, a toujours été perçue à Bruxelles comme une pilule amère à avaler sur le chemin de l’intégration future des Balkans. L’essentiel porte sur la reprise du dialogue entre Pristina et Belgrade, dont l’UE est officiellement le «facilitateur» depuis l’accord entre les deux parties survenu en septembre à l’ONU à New York. «Il y a ceux qui sont dégoûtés, juge un diplomate. Et les autres pour qui, mafieux ou pas, Hashim Thaçi a au moins le mérite d’être un pragmatique possible à contrôler.»

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