Syrie

Opposition syrienne: Washington s’immisce

Les Etats-Unis appellent l’opposition à former une nouvelle entité plus large. Le CNS, en pleine restructuration, joue son avenir à Doha

L’avenir de l’opposition syrienne, encore inaudible et sans visage, pourrait se jouer au Qatar dans les jours à venir. La perspective d’une nouvelle entité politique soutenue par les Etats-Unis a semé le trouble parmi les anti-Assad, à la veille d’une réunion cruciale pour le Conseil national syrien (CNS) à Doha ce dimanche. Jusqu’ici interlocuteur privilégié des diplomaties occidentales, le CNS s’est vu infliger un sérieux revers mercredi dernier, quand la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a déclaré qu’il «ne peut plus être considéré comme le dirigeant visible de l’opposition».

Washington appelle de ses vœux la création d’une plateforme qui devra représenter «ceux qui sont sur les lignes de front, combattant et mourant pour obtenir la liberté».

Le CNS, qui se présente de son côté comme «la voix de la révolution syrienne» depuis sa formation le 15 septembre 2011, ne serait alors plus qu’une partie de cette nouvelle entité encore mystérieuse, mais autour de laquelle un nom circule déjà: l’Initiative nationale syrienne (INS), formée par Riad Seif.

Cet homme d’affaires, ancien membre du parlement syrien devenu une figure majeure de l’opposition, veut faire de cet organe le seul représentant légitime du peuple syrien. Car l’INS est destinée à agir dès que possible comme un «gouvernement de l’ombre» dans les zones libérées syriennes et à «remplir le vide politique» au moment où tombera le régime de Bachar el-Assad. The Guardian croit savoir que l’ancien premier ministre Riyad Hijab, qui a fait défection en juin, pourrait prendre la tête de cette entité.

Quant au CNS, il pourrait se voir offrir 15 des 50 sièges que compterait la nouvelle opposition, dont les contours se préciseront lors d’une autre réunion sous l’égide de la Ligue arabe, qui se tiendra également à Doha le 7 novembre. Le jour même où s’achèvera celle du CNS.

Mais pour Radwan Ziadeh, membre du CNS, il est hors de question de rejoindre les rangs d’une entité qu’il voit clairement d’un mauvais œil. D’autant que le CNS discutera à compter de dimanche de ses propres projets de refonte, pour intégrer de nouveaux représentants des mouvements révolutionnaires sur le terrain. L’organisation, composée essentiellement de personnalités en exil issues de courants islamistes et libéraux, va aussi débattre d’une probable installation en Syrie – dans une zone contrôlée par les rebelles. Elle compte ainsi désamorcer les critiques qui voient en elle une «opposition cinq étoiles», trop éloignée des combattants et occupée à arbitrer ses rivalités internes.

Déjà, le CNS revendique plusieurs tentatives d’intégrer de nouvelles sensibilités syriennes et de renforcer ses liens avec les combattants de l’intérieur. Il précise être passé de 280 à 420 membres, dont 33% de représentants de l’intérieur et 15% de femmes.

«Nous sommes en train de construire une centrale de commandement de l’Armée syrienne libre en Syrie, affirme Radwan Ziadeh. Pour cela, nous avons besoin du soutien de la communauté internationale.»

Mais il s’est étiolé. Les puissances occidentales et la Ligue arabe, qui souhaitent la chute du président Bachar el-Assad, exhortent depuis des mois les opposants à dépasser leurs divisions pour s’ériger en alternative crédible au régime syrien.

Aujourd’hui, pour le directeur du Brookings Doha Center, Salman Shaikh, l’INS pourrait réussir là où le CNS a échoué jusqu’à présent, en rassemblant opposants politiques et brigades armées à l’intérieur du pays. Elle deviendrait ainsi le «canal» que les puissances étrangères appellent de leurs vœux pour établir des liens plus directs avec les opposants sur le terrain. Au cœur de cette stratégie, la crainte exprimée par Hillary Clinton de voir des groupes «extrémistes» détourner la révolution à leur profit. Un tel canal permettrait également de centraliser les différentes formes d’aide distribuées aux Syriens. L’appel des Américains à une nouvelle entité, alors même que le CNS poursuit sa restructuration, sonne comme un désaveu. Il a vivement réagi, accusant Washington de vouloir «nuire à la révolution syrienne en semant les germes de la division». «Au lieu de nous critiquer, les Etats-Unis feraient mieux d’agir pour arrêter la machine meurtrière du régime Assad», déclare Radwan Ziadeh, pour qui cette annonce n’est rien d’autre qu’une tentative de miner le travail du CNS et un exemple d’ingérence des Etats-Unis dans les affaires syriennes.

Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Guennadi Gatilov, a lui aussi critiqué les «sponsors occidentaux» de l’opposition qui, en désignant une liste de leaders, de l’extérieur, «violent les accords de Genève».

«Toute discussion visant à passer au-dessus du CNS est une tentative de nuire à la révolution syrienne»

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