italie

Un vote sanction contre l’Europe

La poussée populiste inquiète l’UE, qui verrait d’un bon œil une coalition entre Pier Luigi Bersani et Mario Monti

La Commission européenne s’est gardée de tout commentaire sur les premiers résultats du scrutin italien. Selon les indications disponibles lundi soir, près d’un électeur italien sur deux a plébiscité la rhétorique anti-européenne, incarnée par le Parti de la liberté de Silvio Berlusconi et par le Mouvement 5 étoiles (M5S) du comédien blogueur Beppe Grillo. Officieusement, Bruxelles s’était inquiété de la tournure de la campagne électorale, où les deux partis n’ont cessé de mettre la récession italienne sur le dos de «l’Europe, de l’euro et de la dictature de la chancelière allemande Angela Merkel». «Berlusconi et Grillo ont axé leur campagne sur l’euroscepticisme, analyse un politologue, ce qui fait d’eux les politiciens les plus populistes et les plus dangereux en Europe.»

La Commission européenne, qui insiste sur la nécessité de maintenir le cap des réformes, craint que le programme italien mis en place par le gouvernement technocrate de Mario Monti ne déraille à mi-parcours. Dans ce contexte, elle verrait d’un bon œil une coalition gouvernementale entre le premier ministre sortant et candidat à la tête d’un groupe centriste, et Pier Luigi Bersani, chef du Parti démocratique (gauche), selon le politologue.

Europhile convaincu

Bruxelles verrait en ce dernier un chef de gouvernement qui poursuivrait l’effort des réformes. Dans d’une interview accordée la semaine dernière à Euronews, le dirigeant socialiste s’est montré un europhile convaincu, plaidant pour la création des Etats-Unis d’Europe. «Nous avons vu comment Berlusconi a abîmé l’idée européenne, a-t-il déploré. Je pense que nous avons le devoir de gagner, non seulement pour l’Italie, mais pour toute l’Europe. Et pas uniquement pour la gauche européenne.»

Même s’il ne laisse planer aucun doute sur la santé de l’économie italienne, Pier Luigi Bersani ne souhaite toutefois pas faire appel à un plan de sauvetage, à l’instar de la Grèce ou du Portugal. «La taille de notre économie est trop importante pour un tel plan, a-t-il poursuivi sur Euronews. En revanche, nous devons poursuivre la maîtrise des finances publiques. Par ailleurs, il faut combiner les politiques de rigueur avec des mesures de relance. C’est ce que nous allons demander à l’échelle européenne.»

Pier Luigi Bersani, s’il est conduit au poste de premier ministre de l’Italie, la troisième puissance économique au sein de la zone euro, ne sera pas isolé au Conseil de l’Europe. Cette plateforme des chefs d’Etat et de gouvernement se réunit chaque mois et décide de la direction politique et économique de l’UE. Il y a une dizaine de jours, le socialiste italien a obtenu le soutien public du président français François Hollande. «L’Europe a besoin de responsables politiques crédibles pour sa renaissance, pour une nouvelle orientation vers la croissance, a-t-il souhaité dans un message de soutien. Nous vous attendons en Europe pour plus de justice et de solidarité.»

Selon le politologue, Pier Luigi Bersani n’est pas un inconnu à Bruxelles. Ministre à deux reprises (1996-1999 et 1999-2001), chargé d’abord de l’Industrie puis des Transports, et député au Parlement européen (2004-2006), il connaît les rouages de l’UE.

Publicité