Turquie

La paix à bout touchant entre Ankara et le PKK

Les négociations avec le leader historique du Parti des travailleurs du Kurdistan, Abdullah Öcalan, détenu dans la prison d’Imrali, ont repris. L’annonce d’un cessez-le-feu pourrait avoir lieu courant mars

Les négociations de paix seraient sur le point d’aboutir. Jamais le gouvernement turc n’a été aussi proche d’un accord de paix durable avec les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Amorcées en décembre, puis interrompues après l’assassinat de trois militantes du PKK le 9 janvier à Paris, les négociations avec Abdullah Öcalan, fondateur et leader historique du PKK, ont repris le week-end dernier. Trois députés du Parti pour la paix et la démocratie (BDP, considéré comme la vitrine légale du PKK) se sont rendus sur l’île d’Imrali (en mer Noire), où Abdullah Öcalan est incarcéré à vie dans une prison dont il est le seul détenu. Tous les ingrédients seraient en passe d’être réunis: désarmement des militants avant leur transfert vers des pays voisins prêts à les accueillir, libération des prisonniers et déclaration par l’état-major du PKK d’un cessez-le-feu qui pourrait entrer en vigueur le 21 mars.

Par le passé, d’autres tentatives de négociations avec le PKK ont fait long feu. Plusieurs cessez-le-feu ont même été mis en place sans qu’aucun n’aboutisse à une paix durable. La circonspection s’impose donc. D’autant plus que les prochaines semaines seront cruciales, comme l’a annoncé le coprésident du BDP, Selahattin Demirtas, lors d’une conférence de presse, lundi, pour faire le point sur les discussions de paix: «Abdullah Öcalan a préparé trois missives pour demander aux commandants militaires du PKK de se préparer à un possible cessez-le-feu. Il travaille sur une feuille de route qui devrait être prête dans le courant de la semaine.»

«Que des gagnants»

Les négociations ont suscité ­l’espoir au sein de la population kurde fatiguée par un conflit vieux de trente ans qui aurait coûté la vie à 45 000 personnes. Le maire de Diyarbakir, Osman Baydemir, membre du BDP et l’une des personnalités kurdes les plus populaires, veut y croire aussi: «Il n’y a rien à perdre dans ces négociations. Il n’y a que des gagnants dans la paix. Et je crois que le gouvernement l’a compris aussi. Il ne peut gagner par les armes. Au contraire, l’affrontement pourrait le perdre comme il a perdu d’autres gouvernements.»

Osman Baydemir espère que la fin des hostilités sera un point de départ: «Abdullah Öcalan est le représentant légitime du peuple kurde, mais il y a d’autres parties en présence: le PKK, le BDP et Ankara. La déclaration d’un cessez-le-feu devrait créer un climat de confiance entre Ankara et les trois autres interlocuteurs. Ensuite, un processus de normalisation pourrait être mis en place, qui aboutirait à une reconnaissance des droits du peuple kurde.» Des interrogations demeurent: les militants du PKK accepteront-ils la décision de leur chef historique, avec lequel ils n’ont plus de relations directes depuis son arrestation en 1999? Et les mouvements affiliés au PKK en Iran (PJAK) et en Syrie (YPG) déposeront-ils les armes?

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