Regard

François Hollande, la Nabilla de la Ve République

Les Français respectent la vie privée de leur président mais pas forcément son pitoyable spectacle

«Moi, président de la République, je ferai en sorte que mon comportement soit, à chaque instant, exemplaire.» Souvenez-vous, c’était un des couplets de l’anaphore récitée par François Hollande lors de son duel télévisé avec Sarkozy. Il était mince alors, et son éloquence terrassa son adversaire. Un an et demi plus tard, patatras! Voilà François Hollande, à la veille d’une conférence de presse capitale pour son quinquennat, mis en difficulté par les photos volées d’un magazine people qui révèle sa liaison avec l’actrice Julie Gayet, qui fut soutien de Ségolène Royal en 2007 avant de devenir sa groupie en 2012. Morale de ce coming out: Julie Gayet est vraiment de gauche, François Hollande a un type de femmes précis, et Ségolène Royal pourra revenir aux affaires puisque les jours de Valérie Trierweiler semblent désormais comptés.

«Exemplaire». Le mot n’est pas seulement synonyme de vertueux. Il désigne aussi chacun des objets reproduits à partir d’un même modèle. Disons que le modèle d’origine est Valéry Giscard d’Estaing qui avait bien compris qu’en Ve République, la plus monarchique de toute, le président ayant tous les droits, il a aussi toutes les séductions. On lui accorda beaucoup d’aventures, et lui-même s’en prêta de nombreuses, notamment avec Lady Diana.

Moins vaniteux mais plus orgueilleux, François Mitterrand mena une double vie sans jamais être inquiété par la presse. C’est lui qui, en deus ex machina, révéla l’existence de Mazarine le moment opportun. Les Français auraient pu lui en vouloir d’avoir été ainsi dupés. Au lieu de ça, ils furent éblouis par tant aplomb et même émus en découvrant veuves et enfants réconciliés à son enterrement.

Sur un registre plus comique, il fut aussi beaucoup pardonné à Jacques Chirac surnommé «Monsieur cinq minutes douche comprise». A sa manière, il tenait sa promesse d’être le président de tous les Français et de toutes les Françaises.

Puis vint Internet. Nicolas Sarkozy était à l’image de cette génération post-68 qu’il a pourtant vomie: divorcé une première fois, plaqué le jour de son investiture et remarié trois mois plus tard en annonçant fièrement à la presse, comme un adolescent qui soigne son acné: «Carla et moi, c’est du sérieux». La réplique finissait une séquence commencée sur le web: Nicolas en escapade à Disneyland, en lune de miel à Pétra, en vacances en Italie. Ridicule mais au moins orchestré par ses soins.

Le pauvre Hollande n’a pas cette chance. A en croire les sondages, les Français seraient encore prêts à passer l’éponge d’autant qu’ils n’aiment pas Valérie Trierweiler, son ex-maîtresse devenue sa concubine – en France, on respecte quand même le mariage. Pas sûr en revanche qu’ils adhèrent au spectacle d’un président pris la tête dans le casque, assis sur le siège arrière d’un scooter comme sur un porte-bagages, tout flouté sauf les chaussures et les chaussettes (un vrai vaudeville), faisant la une de Closer au même titre que Nabilla.

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