Crise

L’OTAN muscle sa présence en Europe orientale

L’Alliance atlantique veut envoyer un message de fermeté à Moscou. Une aide militaire à l’Ukraine fait débat aux Etats-Unis. Pour sa part, l’OSCE privilégie le dialogue à l’intérieur du pays

L’OTAN muscle sa présence militaire en Europe de l’Est

Ce n’est pas la guerre. Ni la préparation à la guerre. C’est simplement un message clair et ferme à Moscou qui amasse des troupes près de la frontière ukrainienne. Tout en disant que la crise entre la Russie et l’Ukraine doit trouver une solution politique négociée, le secrétaire général de l’Alliance atlantique (OTAN) a annoncé mercredi le renforcement de la présence militaire en Europe de l’Est. «Plus d’avions dans le ciel, plus de navires en mer et plus de forces terrestres dans la région», a annoncé Anders Fogh Rasmussen à l’issue d’une réunion des ambassadeurs des 28 pays membres de l’Alliance.

L’OTAN va ainsi multiplier les sorties d’avions au-dessus de la Lituanie, de l’Estonie et de la Lettonie, trois pays voisins de la Russie. La présence d’avions de chasse F-15 et F-16 américains avait déjà été renforcée depuis un mois. Des avions de surveillance Awacs survoleront davantage leur espace aérien ainsi que ceux de la Pologne et de la Roumanie. Des navires de guerre seront déployés dans la mer Baltique et en Méditerranée orientale.

«Les mesures supplémentaires entrent en vigueur dès maintenant et nous sommes prêts à les renforcer davantage», a poursuivi Anders Fogh Rasmussen. Selon lui, ces opérations liées à la défense, à la dissuasion et à la désescalade visent aussi à rassurer les membres de l’OTAN situés près de la zone en crise.

La veille, lors de la réunion des ministres européens de la Défense, le secrétaire général de l’OTAN avait parlé de la nécessité de mener des exercices militaires communs afin d’être fin prêt à toute éventualité. «Je demande à la Russie de retirer ses troupes qui se trouvent près de la frontière ukrainienne, de cesser de soutenir les actions violentes des groupes pro-russes à l’intérieur de l’Ukraine et d’aider à la désescalade», avait-il lancé à l’issue de la réunion.

L’OSCE privilégie le dialogue

La question de la militarisation de la crise Russie-Ukraine a lieu également aux Etats-Unis. L’ancien général de l’OTAN Wesley Clark ainsi que le sénateur John McCain ont demandé que Washington fournisse une aide militaire au gouvernement ukrainien. En visite hier à Vilnius, capitale de la Lituanie, ce dernier a déclaré que la réponse des Occidentaux à l’action de la Russie en Ukraine est «presque risible. Le fait que nous n’ayons pas aidé le peuple ukrainien après l’invasion de Vladimir Poutine est honteux, a-t-il dit. Je suis convaincu que nous pouvons avoir une coopération militaire plus importante, non pas avec des bases permanentes, mais avec la rotation des troupes et d’exercices militaires.»

Washington ne partage pas cet avis, en tout cas pas à ce stade. Lors de sa récente participation au sommet sur la sécurité nucléaire à La Haye, le président Barack Obama avait affirmé que les Etats-Unis se tiendront aux côtés des alliés. Mardi soir, la Maison-Blanche a exclu une aide militaire directe à l’Ukraine, qui n’est pas membre de l’Alliance.

L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), que préside la Suisse en 2014, écoute les bruits de bottes avec une certaine circonspection. Elle craint que le conflit actuel ne modifie la géopolitique de la région durant de longues années. Selon l’un de ses cadres rencontrés à Bruxelles, il y a un grand besoin de promouvoir le dialogue à l’interne entre les différents groupes. «Les forces extérieures devraient aider à mettre en place ce dialogue», réclame-t-il.

L’interlocuteur n’est pas certain que l’Ukraine puisse organiser l’élection présidentielle prévue le 25 mai dans les meilleures conditions. Ce scrutin, en soi un exercice démocratique, pourrait même constituer un élément susceptible de mettre davantage l’unité du pays en péril. L’OSCE dispose en Ukraine d’une centaine d’observateurs qui sont engagés dans la récolte des informations. «Un exercice délicat, selon lui, à cause de la propagande venant de part et d’autre et qui empoisonne toute tentative de faciliter le dialogue.»

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