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Un sommet crucial pour résoudre la crise en Ukraine

Angela Merkel est reçue à la Maison-Blanche. Washington compte sur elle pour résister à Moscou

Un sommet crucial pour résoudre la crise en Ukraine

Etats-Unis Angela Merkel est reçue à la Maison-Blanche

Washington compte sur elle pour résister à Moscou

«Ce n’est peut-être pas la dernière, mais c’est la meilleure chance à disposition dans un avenir proche.» Face à la détérioration de la crise en Ukraine, Stephen Cohen, spécialiste des relations russo-américaines et professeur émérite de l’Université de Princeton, juge cruciale la rencontre de quatre heures, vendredi, entre Angela Merkel et Barack Obama: «La chancelière allemande a la confiance de Vladimir Poutine. Les deux peuvent s’entretenir en allemand ou en russe, sans conseiller. Même si on ne s’aime pas forcément, cela rapproche. Le président américain, lui, n’a pas la confiance de son homologue russe.» La cheffe du gouvernement allemand, qui s’est déjà entretenue plus de douze fois depuis février avec le maître du Kremlin, a d’ailleurs parlé au président russe avant de se rendre, jeudi, à Washington.

Dans la capitale américaine, on considère le sommet germano-américain d’aujourd’hui, ponctué par un repas à la Maison-Blanche, comme un moment de vérité de la relation transatlantique. On voit surtout l’Allemagne comme l’allié européen clé pour tenter de trouver une issue à la grave crise qui opposent l’Europe et les Etats-Unis à la Russie au sujet de l’Ukraine. Pragmatique comme Barack Obama, Angela Merkel a conscience des intérêts économiques allemands en Russie qui sont sans commune mesure avec ceux de l’Amérique. Mais c’est elle qui a adopté la position la plus ferme envers Moscou dans un pays encore marqué par l’Ostpolitik de Willy Brandt et des liens culturels et économiques étroits avec la Russie. Les Américains espèrent qu’elle sera le leader politique qui permettra à l’UE de suivre Washington si des sanctions plus draconiennes devaient être adoptées pour contrer une éventuelle entrée des troupes russes dans l’est de l’Ukraine.

Stephen Cohen refuse toutefois la prémisse selon laquelle le sommet germano-américain doit servir à trouver une manière permettant à Vladimir Poutine de sauver la face. «C’est à l’Occident de corriger ses erreurs, analyse-t-il. Et Angela Merkel a un rôle crucial à jouer. Elle peut faire comprendre à la Maison-Blanche que pour stabiliser la situation, il faut retourner aux termes des propositions russes du 17 mars visant à fédéraliser l’Ukraine et de l’accord de Genève du 17 avril. Il paraît aussi essentiel que Barack Obama et son hôte s’accordent pour garantir à Moscou que le futur gouvernement ukrainien restera neutre, promettra de ne pas adhérer à l’OTAN et restera libre de maintenir des relations économiques avec la Russie même s’il négocie un rapprochement économique avec l’UE. Les deux leaders devront proposer que l’Ukraine tienne une élection parlementaire parallèlement à la présidentielle. Seul un nouveau parlement pourra légitimer une nouvelle Constitution.»

L’exercice, pour la chancelière, n’est pas simple. Fâchée par les écoutes téléphoniques de la NSA qui n’a pas hésité à espionner son téléphone portable, Angela Merkel n’a pas encore oublié l’affront de l’Amérique que Barack Obama a tenté d’atténuer lors de sa visite à Berlin en automne dernier. Venue à Washington en 2011, elle avait eu droit au tapis rouge et à la Presidential Medal of Freedom pour «son engagement éloquent et planétaire en faveur des droits de l’homme et des valeurs humaines». Ce vendredi, l’affaire des écoutes ne sera paradoxalement qu’un hors-d’œuvre au menu des discussions. Avant son déplacement aux Etats-Unis, Angela Merkel a pris une mesure qui peut surprendre. Selon la Süddeutsche Zeitung, son gouvernement refuse au lanceur d’alerte Edward Snowden, à l’origine des révélations sur les écoutes de la NSA, le droit de venir témoigner devant une commission d’enquête du Bundestag. Auditionner Snowden en Allemagne «irait à l’encontre des intérêts politiques fondamentaux de la République fédérale […] et pourrait gravement altérer les relations germano-américaines», argumente la Chancellerie. Cette prise de position a fait bondir les Verts qui accusent Angela Merkel de couardise face aux Américains. A la Maison-Blanche, la cheffe du gouvernement allemand n’obtiendra pas d’accord de non-espionnage, pourtant promu par l’administration démocrate avant que celle-ci ne fasse volte-face.

Barack Obama devra tenir compte du contexte allemand. Proche de la chancelière qui l’appelle «Dear Barack», il se rend compte que cette dernière ne pourra pas être aussi dure envers le Kremlin que l’aimeraient certains pontes de la sécurité nationale aux Etats-Unis. C’est d’autant plus vrai qu’en Allemagne, l’image de l’Amérique a été fortement altérée par le scandale de la NSA et que l’anti-américanisme connaît une résurgence après l’épisode de l’opposition allemande à l’invasion américaine de l’Irak en 2003. A Washington, Angela Merkel va néanmoins insister sur la nécessité de conclure le Partenariat transatlantique de libre-échange entre l’UE et les Etats-Unis. Un projet qu’elle juge essentiel pour l’économie allemande mais que ses compatriotes ne voient pas forcément d’un bon œil.

«Auditionner Snowden pourrait gravement altérer les relations germano-américaines»

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