Allemagne

L’Allemagne choquée par une nouvelle affaire d’espionnage américain

Un agent double soupçonné d’avoir travaillé pour la CIA a été arrêté mercredi dernier. L’affaire suscite de vives réactions en Allemagne, déjà déstabilisée par l’affaire des écoutes de la NSA américaine

Une affaire d’espionnage fâche Berlin

Allemagne Un agent double soupçonné d’avoir travaillé pour la CIA a été arrêté

Un coup de trop après les écoutes de la NSA américaine

L’Allemagne, déjà choquée par l’affaire du piratage du portable d’Angela Merkel par la National Security Agency (NSA), est en émoi après l’arrestation d’un agent double allemand soupçonné d’avoir travaillé pour la CIA. L’homme, âgé de 31 ans, était employé par le BND, les services de renseignement germaniques. Il a été arrêté mercredi. Les enquêteurs allemands étaient sur ses traces depuis mai dernier. L’agent allemand avait alors envoyé un mail contenant trois documents du BND au consulat de Russie à Munich via un compte Google-mail, proposant ses services contre rémunération. Rapidement, le procureur est pourtant arrivé à la conclusion que l’agent double travaillait en fait depuis 2012 pour la CIA, à qui il aurait revendu pour l’équivalent de 30 000 francs quelque 220 documents hautement confidentiels, dont deux au moins concernaient le travail de la Commission d’enquête parlementaire sur le scandale de la NSA.

«Presque tous les indices tendent à prouver que l’homme a agi à la demande des Américains», assure-t-on dans les cercles proches du BND. L’agent avait l’habitude de rencontrer ses contacts américains en Autriche et disposait d’un numéro de téléphone aux Etats-Unis «à utiliser en cas d’urgence». Il travaillait pour le département EA du BND, chargé de la sécurité des soldats allemands engagés dans des opérations de maintien de la paix à l’étranger et avait à ce titre accès à quantité de documents internes et de communication avec les représentations allemandes à l’étranger.

L’Allemagne, visiblement, ne s’attendait pas à cette nouvelle trahison américaine. Selon le magazine Der Spiegel, le BND, alerté par l’échange d’e-mails avec le consulat russe, aurait même demandé à la CIA des informations complémentaires sur le compte Google utilisé depuis l’Allemagne. L’allié américain n’aurait jamais répondu à cette demande. Mais peu après, le compte Google aurait été fermé.

L’ampleur du dommage subi par l’Allemagne est encore difficile à estimer, d’autant que l’agent du BND, un temps bavard, se tait désormais, sur les conseils de son avocat. Le parlement allemand avait mis sur pied en avril une commission d’enquête destinée à mesurer l’ampleur des activités d’espionnage des Etats-Unis envers l’Allemagne et à examiner le rôle joué par les services secrets allemands dans ce dossier.

L’affaire suscite de vives réactions en Allemagne, dans un pays qui reste marqué par les agissements de la Stasi, la police politique est-allemande. Cette nouvelle affaire est «grave», a assuré lundi Angela Merkel en voyage en Chine pour trois jours. «Si ces informations sont exactes, il s’agirait à mes yeux d’une évidente contradiction avec ce que je considère être une coopération de pleine confiance entre agences de renseignement et partenaires», a ajouté la chancelière. Le président de la République, Joachim Gauck, a pour sa part estimé que si l’affaire était avérée, il fallait «dire: maintenant ça commence à bien faire! C’est jouer avec l’amitié et avec un lien étroit» que d’avoir de telles pratiques, a insisté le président. Tout comme Angela Merkel, Joachim Gauck est originaire de l’ex-RDA. «Cette affaire est une dure atteinte à la confiance, souligne le chargé des relations avec les Etats-Unis du gouvernement allemand, Jürgen Hardt. Je suis très inquiet pour les relations transatlantiques. Nous exigeons des Américains une réponse rapide à nos questions sur cette affaire.»

La réponse de Berlin ne s’est pas fait attendre. Vendredi, l’ambassadeur américain John B. Emerson était «convié» au Ministère des affaires étrangères pour s’expliquer sur ces nouvelles accusations d’espionnage américain contre l’Allemagne. Fait tout à fait inhabituel, la convocation a eu lieu le 4 juillet, jour de Fête nationale américaine. Les partenaires de la coalition au pouvoir ont la possibilité de renvoyer aux Etats-Unis un certain nombre de diplomates américains en poste à Berlin. «Tout cela est peu probable», estime Der Spiegel, convaincu que Berlin a trop besoin des informations transmises par Washington dans la lutte contre le terrorisme. «L’Allemagne montre de nouveau son impuissance», souligne le magazine, désabusé.

En visite à Berlin où elle présente son dernier livre, l’ancienne secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a qualifié les soupçons d’espionnage d’«affaire sérieuse», et assuré que l’espionnage du portable de la chancelière par la NSA était «définitivement une erreur» qu’elle assure «regretter». Le président Barack Obama a, pour sa part, toujours refusé de s’excuser auprès de la chancelière à ce sujet.

Le président Gauck: si l’affaire est avérée,il faut «dire: maintenant ça commence à bien faire!»

Publicité