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James Foley entre censure virale et voyeurisme morbide

Une controverse sur la diffusion a précédé le retrait des images de décapitation du journaliste américain

C’est une guerre dans la guerre. Celle des images vidéo de la décapitation en Syrie du journaliste américain James Foley par un djihadiste vraisemblablement britannique de l’Etat islamique. La diffusion macabre de l’extrait sur les réseaux sociaux (YouTube et Twitter) le 20 août, puis sa suppression des heures plus tard, déchire l’opinion et les médias entre censure et liberté d’expression.

Mercredi 20 août. Le monde regarde avec une curiosité morbide l’exécution de James Foley, 40 ans, postée sur YouTube. Pendant des heures, les images et des captures d’écran de son assassinat circulent sur la Toile. En Grande-Bretagne, rapporte The Guardian, ce sont plusieurs centaines d’internautes qui les partagent sur la Toile.

Jamais de tels extraits n’avaient été diffusés sur une plateforme grand public. A ce titre, la stratégie de communication des bourreaux de James Foley en Syrie diverge de celle des combattants d’Al-Qaida. En effet, l’exécution au Pakistan d’un autre journaliste américain, Daniel Pearl, en février 2002 n’avait pas connu ce macabre succès. Cela explique en partie l’ampleur de la polémique.

Après plusieurs heures de libre accès, il va falloir l’intervention des internautes pour que YouTube, puis Twitter se résolvent à censurer l’extrait, bien contraints de se positionner face à la salve de critiques émanant de leurs utilisateurs. Sur Twitter, ces derniers ont œuvré collectivement avec le mot-dièse #ISISmediablackout (censure médiatique contre l’Etat islamique) pour stopper la diffusion de la vidéo et sensibiliser les internautes à toute tentation de voyeurisme morbide.

Censure et fermetures

Dick Costolo, le PDG de Twitter, s’est fendu mercredi d’un communiqué pour souligner que ses équipes censuraient toutes les photos, extraits vidéo et liens vers le contenu relatif à la décapitation de James Foley. Et annoncer la fermeture des comptes de militants islamistes. Des mesures insuffisantes puisque leurs propriétaires en ouvrent de nouveaux sous une autre identité.

YouTube explique n’intervenir qu’au cas par cas sur la base du signalement des internautes quant au contenu inapproprié d’une vidéo. Dès lors, les images sont revues automatiquement par les équipes du site qui décident ou non de leur blocage. YouTube ne précise pas le délai moyen entre signalement et blocage effectif. Contacté par le Huffington Post, le site n’a pas non plus souhaité commenter spécifiquement le cas de James Foley. Mercredi après-midi on dénombrait encore plus de 67 000 résultats à la requête «James Foley».

Face au casse-tête des réseaux sociaux pour censurer la vidéo de James Foley, la police britannique a pris des mesures fortes. Scotland Yard a interdit mercredi le téléchargement, le visionnage et la diffusion sur Internet de matériel extrémiste. Rappelant qu’il s’agit là d’une infraction passible d’emprisonnement.

 

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