Monde arabe

Les Emirats ont bien bombardé la Libye

Des chasseurs émiratis, qui ont pu utiliser des bases aériennes en Egypte, ont tenté à deux reprises la semaine dernière de freiner les combattants islamistes. Les Etats-Unis ont été débordés par les deux alliés

Les Emirats ont bien bombardé la Libye

Monde arabe Des chasseurs émiratis ont tenté de freiner les combattants islamistes

Les Etats-Unis ont été débordés

Comment arrêter les djihadistes? Les principales capitales arabes et occidentales ont un temps espéré atteindre ce but sans combattre, en confiant le travail à des milices locales aguerries. Mais cette stratégie a montré ses limites. Les Etats-Unis ont dû replonger ces dernières semaines dans le conflit irakien en menant des frappes aériennes contre l’Etat islamique, leurs alliés kurdes menaçant de perdre trop de terrain. Et les Emirats arabes unis ont opéré des frappes ces derniers jours pour tenter d’arrêter les combattants d’Aube libyenne (Fajr Libya), en passe de conquérir l’aéroport de Tripoli.

Les Etats-Unis assurent n’avoir joué aucun rôle dans ces dernières frappes. Ils jurent même n’avoir pas été avertis de ce qui se tramait. Selon l’administration américaine, l’opération a été entièrement montée par deux pays arabes, l’Egypte, qui a mis à disposition ses aéroports, et les Emirats arabes unis, qui ont engagé leurs chasseurs et leurs pilotes. Et ce à deux reprises, le 18 août, contre diverses positions dont un dépôt de munitions, et le 23 contre des véhicules et des lance-roquettes. Mais sans succès puisque ces raids n’ont pas empêché les djihadistes de s’emparer de leur objectif.

Ces interventions témoignent de la crainte grandissante qu’éprouvent les représentants de l’ordre moyen-oriental actuel devant les succès spectaculaires des mouvements djihadistes. Les Emirats arabes unis avaient certes participé au bombardement de la Libye en 2011, dans le but de renverser le régime du colonel Kadhafi. Mais ils avaient gardé un profil bas, en adhérant à une coalition. Ces derniers jours, ils ont pris un risque politique sensiblement plus élevé en conduisant seuls, apparemment, les opérations.

Les autorités émiraties et égyptiennes ont pour objectif commun d’écraser le mouvement des Frères musulmans et ses avatars. Après s’être débarrassées d’eux sur leur scène intérieure, elles sont décidées à les poursuivre à l’étranger, partout où l’organisation est susceptible de reprendre de la vigueur. Une entreprise menée avec la bénédiction de l’Arabie saoudite. Leur tâche est d’autant plus ardue cependant que leur ennemi, contrairement à l’Etat islamique, bénéficie de l’aide d’au moins un autre pays de la région: le Qatar, aux abondantes ressources pétrolières et financières.

L’administration américaine ne s’est pas seulement montrée surprise par l’intervention des Emirats et de l’Egypte en Libye. Elle s’est aussi inquiétée de cette évolution d’une guerre par procuration, soit par milices interposées, en un engagement direct. Pareil développement représente à leurs yeux une dangereuse escalade. De fait, ce type de confrontation entre pays arabes, qui s’est multiplié ces dernières années de la Syrie à la Libye en passant par l’Irak, a eu pour principale conséquence de rendre les conflits concernés plus inextricables et plus difficiles à résoudre par la négociation.

L’initiative des Emirats et de l’Egypte représente un camouflet pour Washington. Les Etats-Unis, occupés sur d’autres fronts, ne souhaitaient pas intervenir militairement en Libye. Mais ils espéraient garder la haute main sur le dossier en conduisant des manœuvres diplomatiques. Les événements de ces derniers jours condamnent sans doute pour longtemps cette approche. Et puis, les cachotteries du Caire constituent un signe déplaisant des piètres relations que l’administration Obama entretient avec le régime du maréchal Al-Sissi.

Les Emirats arabes unis, comme l’Egypte, ont gardé le silence sur leur intervention. Mais l’opération y est légitimée. Le quotidien émirati Al-Khaleej, proche du gouvernement, a ainsi déclaré mardi que la Libye offrait l’exemple même d’un «Etat voyou» et représentait un danger pour la région. «Cela nécessite la mise en place d’une coalition arabe […] pour mener une action rapide et efficace dans le cadre d’une stratégie claire pour affronter cette épidémie qui prend des noms différents comme Etat islamique […] ou Frères musulmans», explique-t-il. Et tant pis si l’administration Obama, jugée trop indécise, n’y a aucune part!

Ces interventions témoignent de la crainte grandissante qu’inspirent les djihadistes

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