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Vladimir Poutine l’incendiaire

Moscou garde des pions en Ukraine pour prévenir tout rapprochement avec l’OTAN

Poutine l’incendiaire

Analyse

Aucune désescalade en Ukraine. Au contraire, et malgré les paroles d’apaisement qu’il a prononcées mardi à Minsk, le président russe Vladimir Poutine prend le risque d’envenimer la crise en envoyant ses hommes et du matériel en renfort aux séparatistes ukrainiens. Ce mouvement a provoqué un tollé, la présidence lituanienne obtenant même une réunion d’urgence du Conseil de sécurité, jeudi. La perspective d’une confrontation directe entre les deux armées, russe et ukrainienne, se rapproche dangereusement. A quel jeu joue donc Vladimir Poutine?

Les objectifs du Kremlin n’ont pas varié: il s’agit d’empêcher coûte que coûte que l’Ukraine se rapproche de l’Union européenne et de l’OTAN. A cette fin, Moscou doit absolument garder ses pions en Ukraine. Les séparatistes lui offrent un moyen de pression, une monnaie d’échange et pour ainsi dire son seul bras de levier. Mais il y a dix jours, les rebelles pro-russes se sont retrouvés acculés. Les villes de Lougansk et de Donetsk, leurs deux bastions, étant assiégées par les forces régulières et presque entièrement encerclées, la capitulation des rebelles semblait imminente. La réaction n’a pas tardé: la Russie a renversé la vapeur en quelques jours et désormais ce sont les forces ukrainiennes qui sont en difficulté.

Pour mieux négocier

L’ancien président géorgien Mikheïl Saakachvili a déclaré, en février, que le but ultime de Vladimir Poutine était d’annexer tout ou partie de l’Ukraine pour créer une continuité territoriale depuis les rivages russes sur la mer d’Azov jusqu’à la république sécessionniste de Transnistrie en Moldavie, en passant par la Crimée. Ce scénario catastrophe agite les sphères ukrainiennes et nourrit la rhétorique belliciste des milieux d’extrême droite comme Pravi Sektor.

Mais si Vladimir Poutine avait l’ambition de nouvelles conquêtes en Ukraine, pourquoi a-t-il attendu si longtemps? Plus vraisemblablement, le chef du Kremlin cherche à aborder d’éventuelles négociations en position de force. Il pourrait alors demander des gages pour que l’Ukraine ne fasse partie ni de l’UE ni de l’OTAN. En sus, il réclamerait la reconnaissance internationale de la souveraineté russe sur la Crimée. Vladimir Poutine est prêt à payer le prix fort pour faire prévaloir ce qu’il estime être l’intérêt national. La menace de nouvelles sanctions, brandie hier par le premier ministre britannique David Cameron, et le risque de voir son économie glisser vers la récession ne suffiront pas à le faire plier. D’autant moins que sur le plan intérieur, sa posture intransigeante et nationaliste augmente sa popularité.

Irait-il dès lors jusqu’à la guerre? Américains, Européens et Russes ont intérêt à éviter une confrontation directe entre les armées ukrainienne et russe, dont l’issue serait prévisible mais les dommages irréparables. La Russie serait alors mise au ban des nations pour longtemps, ce qui aurait des conséquences fâcheuses pour l’économie mondiale. Mais à jouer avec le feu, Vladimir Poutine pourrait être débordé: les séparatistes qu’il soutient pourraient échapper à sa tutelle. Et en face, les hommes de la Garde nationale ukrainienne pourraient être tentés de répondre aux provocations. Enfin, la marge de manœuvre du président ukrainien se rétrécit à l’approche des élections législatives anticipées du 26 octobre prochain.

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