Europe

«L’Ukraine a capitulé face à la Russie»

Un expert analyse les implications de la loi votée mardi, qui donne une large autonomie aux séparatistes pro-russes

«L’Ukraine a capitulé face à la Russie»

Un statut spécial avec un pouvoir élargi pour Donetsk et Lougansk dans l’est de l’Ukraine, une amnistie aux combattants pro-russes, qui étaient auparavant qualifiés de terroristes… La loi votée mardi par le parlement ukrainien, en même temps que la ratification de l’Accord d’association avec l’Union européenne (UE), ressemble beaucoup à une reddition face aux séparatistes pro-russes. Michal Baranowski, directeur du German Marshall Fund, centre d’études politiques basé à Varsovie, livre son analyse.

Le Temps: Peut-on vraiment parler de reddition?

Michal Baranowski: La loi votée mardi satisfait les revendications des rebelles et de Moscou. Elle peut certes aider à stabiliser le cessez-le-feu signé à Minsk le 5 septembre entre le président russe Vladimir Poutine et le président ukrainien Petro Porochenko. Elle ne résout toutefois pas le conflit; elle le gèle. En Crimée, Moscou impose le fait accompli. En votant cette loi, l’Ukraine reconnaît qu’elle n’a aucune chance face aux rebelles ouvertement soutenus par l’armée russe. D’autant plus que sa demande en termes d’aide militaire à l’Europe comme aux Etats-Unis n’a pas été entendue. Le cessez-le-feu, s’il tient, donnerait un répit nécessaire à Kiev.

– L’Europe et les Etats-Unis ont-ils trahi les Ukrainiens?

– Les Occidentaux ont fait un long chemin pour soutenir Kiev. Les sanctions économiques contre la Russie commencent à produire des effets, mais elles n’ont pas suffi pour faire plier Moscou. L’Alliance atlantique a pris des mesures (exercices militaires dans la région, présence renforcée), mais qui sont restées sans conséquence. De toute évidence, Vladimir Poutine est dans une logique d’escalade. Ce n’est pas le cas pour les Européens.

– La Russie, économiquement affaiblie, a-t-elle les moyens de s’engager dans une guerre?

– Un tout récent rapport indique que son budget militaire a augmenté de 20% l’an dernier. C’est énorme alors qu’en face les dépenses baissent, à l’exception de quelques pays.

Moscou a-t-il aussi capitalisé sur la division au sein de l’Alliance atlantique?

– Le sommet de l’OTAN au pays de Galles début septembre a pris quelques bonnes résolutions, notamment la mise sur pied d’une force d’intervention mobilisable dans les quarante-huit heures. La France a aussi accepté d’annuler la livraison du porte-avions de type Mistral commandé par la Russie. Non, il y a eu une immense solidarité, mais les Occidentaux ne s’attendaient pas au jusqu’au-boutisme de Poutine.

– Que va-t-il se passer maintenant?

– Il y a eu une guerre et l’Ukraine a capitulé face à la Russie. Mais nous ne sommes pas au bout de la crise. Si le cessez-le-feu tient, nous passons d’une phase de tensions actives à une période relativement calme même si le feu continuera à couver sous la cendre. L’Ukraine doit profiter de cette période pour se reconstruire et se consolider.

– Ce projet de loi favorisera-t-il un accord sur la livraison de gaz à l’Ukraine à l’approche de l’hiver?

– Je ne sais pas. C’est tellement cynique de la part de la Russie d’utiliser l’arme énergétique pour arriver à ses fins.

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