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La délicate décision d’armer les rebelles syriens

Le Sénat devait approuver l’aide à l’opposition modérée jeudi. La stratégie de Barack Obama consiste à combattre l’Etat islamique avec le soutien des acteurs locaux

Délicate décision d’armer les rebelles syriens

Etats-Unis La stratégie de Barack Obama consiste à combattre l’Etat islamiqueavec le soutien des acteurs locaux

Le Sénat doit encore donner son feu vert

A Washington, une décennie de guerres a laissé des traces. Accusé par certains élus du Congrès de ne pas avoir affronté plus tôt l’Etat islamique, le président Barack Obama a néanmoins obtenu le soutien du Capitole pour armer l’opposition syrienne modérée. Après l’aval de la Chambre des représentants mercredi, qui a vu une coalition inhabituelle de faucons républicains et d’opposants à la guerre démocrates, le vote du Sénat jeudi ne devait être qu’une formalité.

Mais l’autorisation de former 5000 combattants de l’Armée syrienne libre en Arabie saoudite pour un coût de 500 millions de dollars ne manque pas de susciter de vives inquiétudes auprès de ceux qui craignent que les Etats-Unis fassent un pas de plus vers une nouvelle guerre. La peur de la Mission Creep , un engrenage incontrôlable menant à un engagement militaire total, est réelle. Certains membres du Congrès s’interrogent aussi sur la manière de sélectionner des combattants fiables dont certains, bien que modérés, se sont rangés du côté de mouvements djihadistes pour renverser le président syrien Bachar el-Assad.

Le soutien du Congrès constitue un appui important à la stratégie du président américain pour «affaiblir et détruire» les djihadistes de l’Etat islamique qui sévit en Irak et en Syrie. Si la Maison-Blanche a déjà autorisé l’US Air Force à mener près de 170 frappes aériennes en Irak, elle n’entend pas engager des troupes combattantes sur le terrain. Barack Obama refuse de brandir le spectre d’une nouvelle guerre d’Irak qui a traumatisé toute l’Amérique. Le général Martin Dempsey, chef de l’état-major interarmées, n’excluait pourtant pas, mardi, la nécessité d’envoyer des soldats sur place si les frappes aériennes devaient être insuffisantes.

Pour l’administration Obama, la stratégie de coopération avec des acteurs locaux tels que les peshmergas kurdes en Irak ou l’armée irakienne repose sur une réalité du terrain qui semble justifier ce type d’approche. Le président démocrate ne cesse d’ailleurs de le répéter: le problème irakien doit être avant tout réglé par les Irakiens. Mais le défi posé par l’Etat islamique exige une réponse plus musclée. C’est pourquoi Washington s’applique à former une grande coalition internationale composée notamment de pays arabes dont l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et le Koweït. Jeudi, le président français, François Hollande, a garanti la participation française à des frappes en Irak, refusant toutefois d’envoyer des soldats sur le terrain et d’intervenir en Syrie. Aujourd’hui, le secrétaire d’Etat américain John Kerry préside une séance du Conseil de sécurité de l’ONU où une quarantaine de hauts responsables politiques mondiaux devraient apporter leur soutien à la coalition. Mais là aussi, il n’est apparemment question que d’Irak.

En Syrie, la tâche est effectivement beaucoup plus complexe, même si du point de vue de Washington elle est devenue nécessaire au vu de l’implantation de l’Etat islamique dans le nord syrien, son fief. Mais l’administration de Barack Obama y dispose de peu de renseignements, d’autant qu’elle a refusé, depuis le soulèvement syrien de mars 2011, d’armer les rebelles dits modérés. Sans soutien de combattants sur le terrain, la stratégie américaine aura du mal à se mettre en place.

Ce n’est d’ailleurs pas la seule difficulté à laquelle est confrontée l’administration démocrate. Car si les frappes aériennes en Irak sont parfaitement légales au vu de la demande expresse du gouvernement irakien, la justification juridique d’une opération similaire en Syrie est beaucoup plus floue. Damas ne permettra jamais à Washington de bombarder des positions djihadistes sur son territoire et il est très peu probable, en raison du soutien russe à Damas, que le Conseil de sécurité adopte une résolution autorisant de telles frappes. Les Etats-Unis évitent d’apporter des arguments précis sur le cadre juridique d’une telle intervention.

Les Européens préfèrent de leur côté éviter le vocable Syrie. Lors de la conférence de lundi à Paris consacrée à la menace de l’Etat islamique, la déclaration finale de la réunion omet délibérément toute mention de la Syrie. Il n’est dès lors pas impossible que Washington recoure à un argumentaire du type Kosovo (frappes aériennes sans l’approbation du Conseil de sécurité) pour justifier son action. Or les conditions de l’intervention pourraient être très différentes. Contrairement aux bombardements massifs effectués pendant septante-huit jours d’affilée au Kosovo, les frappes aériennes en Syrie, voire en Irak, risquent de s’étendre dans le temps. Le général Dempsey en est convaincu: ce sera une opération de longue haleine.

La justification juridique d’une opération en Syrie comme en Irak est beaucoup plus floue

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