Europe

L’UE pèse peu dans le débat sur le climat

Le président de la Commission, le sortant José Manuel Barroso, est allé au sommet de New York les mains vides

L’UE pèse peu dans le débat sur le climat

Lors du sommet sur le climat à Copenhague en 2009, Barack Obama s’était entretenu pendant deux heures en tête-à-tête avec son homologue chinois, Hu Jintao, alors que le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, tournait en rond dans la salle d’attente: l’image n’est pas près d’être oubliée. «Les positions de l’Union européenne (UE) étaient faibles et son approche rigide, explique Hanne Knaepen, de l’European Centre for Development Policy Management (ECDPM), un centre de recherche à Bruxelles, et coauteur d’un document sur l’UE et le changement climatique. A l’évidence, Bruxelles ne pèse pas lourd dans les grandes décisions sur le climat, et les pays émergents comme la Chine, l’Inde et le Brésil influencent désormais les débats.» C’est un domaine de plus où les Vingt-Huit, par leurs divisions ou par manque de stratégie, doivent se contenter de jouer les seconds rôles sur la scène internationale.

Mardi, José Manuel Barroso a de nouveau représenté l’UE au sommet sur le climat à New York. Il y est allé les mains vides. «En renvoyant une décision sur les objectifs de réduction de gaz à effet de serre à l’horizon 2030 au prochain sommet européen [23 et 24 octobre], l’UE n’a de nouveau pas été en position de force», explique Hanne Knaepen. En réalité, plusieurs Etats, notamment ceux du groupe de Visegrad (Pologne, République tchèque, Slovaquie et Hongrie) qui dépendent du charbon pour leur énergie, repoussent l’objectif de 40% de réduction de CO2 par rapport à 1990. Ils «s’opposent frontalement aux pays dits progressistes [France et Allemagne] et favorables aux énergies renouvelables», poursuit Hanne Knaepen.

Sceptiques à la Commission

La Commission est elle-même divisée. Le commissaire allemand chargé de l’Energie, Gunther Oettinger, a toujours été réticent face aux ambitions européennes. En janvier 2014, lorsque l’objectif de réduire les émissions de 40% avait été articulé, il n’avait pas caché son pessimisme et l’avait qualifié de «stupide». Selon lui, l’UE pourrait l’atteindre grâce à son déclin industriel et à la fermeture des usines polluantes dans l’ex-Europe de l’Est. Hanne Knaepen rappelle que, l’an dernier, un rapport de l’audit européen avait épinglé le manque de coordination entre les commissaires en matière de politique climatique.

Le renouvellement des institutions européennes (Commission et Conseil) qui sera effectif dès le 1er novembre ne présage pas un grand changement. Au contraire. En fusionnant les portefeuilles de l’Energie et du Changement climatique à la Commission, Jean-Claude Juncker, son président désigné, accorde la priorité à l’approvisionnement et aux coûts énergétiques plutôt qu’au climat. Des observateurs relèvent que le commissaire qui en sera chargé, l’Espagnol Miguel Arias Canete, est un proche du secteur énergétique. Il a été contraint de vendre ses actions de deux compagnies pétrolières après sa nomination à Bruxelles.

«L’élection de Donald Tusk à la présidence du Conseil européen n’est pas non plus une bonne nouvelle», estime l’organisation écologiste Greenpeace. Selon elle, l’ancien premier ministre polonais s’était systématiquement opposé aux mesures pour lutter contre le changement climatique, et rien ne dit qu’il privilégiera ce dossier pendant son mandat européen. Son pays génère 90% de son électricité à partir du charbon et ses émissions de gaz à effet de serre ne cessent d’augmenter. Pour Green­peace, c’est mauvais pour l’image de l’UE, qui voudrait pourtant se profiler comme un leader mondial dans la lutte contre le changement climatique.

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