Ukraine

Le deuxième acte de la guerre du Donbass se prépare

Après le scrutin non reconnu de dimanche dans l’est, le gouvernement et les rebelles se livrent à une nouvelle passe d’armes verbale, sur fond de mobilisation militaire, qui fait craindre une reprise des combats à une échelle importante dans un horizon proche

Le deuxième acte de la guerre du Donbass se prépare

Ukraine Après le scrutin non reconnu de dimanche, les séparatistes haussent le ton

Crainte d’une reprise des hostilités à grande échelle

Un soldat ukrainien âgé de 30 ans, originaire d’Odessa, est mort mercredi dans la petite localité de Pavlopil, à 12 km au nord-est des premières défenses de Marioupol. Il a été touché par un tir, alors que des groupes d’infiltration pro-russes et probablement russes manœuvrent pour contourner le port sidérurgique et contrôler ses accès orientaux et septentrionaux.

Depuis le cessez-le-feu du 5 septembre, la guerre en fait n’a jamais cessé. Mais dans les jours ou semaines à venir, elle pourrait reprendre de plus belle, à une intensité jamais atteinte jusque-là. L’élection d’Alexandre Zakhartchenko à la tête de la «République populaire de Donetsk» (RPD), au terme d’un scrutin non reconnu le 2 novembre, symbolise la mort clinique des accords de Minsk.

Le texte signé stipulait en effet qu’aucune élection ne pouvait se dérouler dans le Donbass en dehors du cadre légal ukrainien. Alors, quand Alexandre Zakhartchenko a posé la main, mardi, sur une grosse bible en guise d’intronisation, Kiev ne pouvait rester sans répondre, et depuis la cérémonie, gouvernement ukrainien et séparatistes se livrent à une passe d’armes verbale très dangereuse, le doigt sur la gâchette.

Mardi après-midi, en préambule d’un Conseil national de sécurité exceptionnel, Petro Porochenko a enterré le cessez-le-feu de Minsk, le qualifiant de «mort-vivant». A l’issue d’une réunion destinée à envisager «les scénarios les plus pessimistes», l’homme fort de Kiev a déclaré que «l’armée [était] prête à riposter; plusieurs nouvelles unités ont été formées, pour permettre de contrer une offensive sur Marioupol, Kharkiv, Berdiansk et la région de Dnipropetrovsk».

Hier, le premier ministre Arseni Iatseniouk a dégainé l’arme économique, en annonçant la suspension de toute aide financière au Donbass, gelant immédiatement 2,6 milliards d’euros, de salaires, retraites et diverses aides. «Tant qu’une partie des régions de Donetsk et de Lougansk sera contrôlée par des imposteurs, le gouvernement n’enverra pas de fonds pour cette zone», a-t-il déclaré.

Le gouvernement souhaite aussi supprimer la loi votée en septembre accordant un «statut spécial» aux régions de Donetsk et de Lougansk, considérée comme caduque. Résultat, alors qu’ils ignoraient superbement la législation ukrainienne, les séparatistes, avec une bonne dose de cynisme, ont accusé hier Kiev de supprimer le «statut spécial». Ils trouvent là un magnifique prétexte pour déclarer le cessez-le-feu nul et non avenu.

Sur le plan militaire, jamais la situation n’avait été aussi explosive. «L’armée russe continue de masser des forces à ses frontières et à l’intérieur des territoires de la RPD et de la RPL [Lougansk]», s’est alarmé mardi Andriy Lysenko, porte-parole du Conseil national de défense.

Samedi dernier, un convoi non identifié de 60 camions militaires sans plaques a été aperçu par des journalistes circulant entre Makeevka, banlieue de Donetsk, et le centre-ville. La poignée de journalistes tentant de s’en approcher a été écartée manu militari. «Nous avons beaucoup de renforts qui arrivent à l’aéroport», a confirmé dimanche au Temps un combattant russe du bataillon «Somali».

«Le risque d’invasion augmente, en particulier près de Marioupol. La Russie a envoyé des agents et des instructeurs dans les zones rebelles», déclare Markiyan Lubkivsky, conseiller au SBU, les services secrets ukrainiens, alors que vendredi dernier Alexandre Zakhartchenko a évoqué en public la possibilité de «prendre Marioupol par la force». Ces derniers jours, les regards se tournent vers Berdiansk, 115 000 habitants, à 60 km à l’ouest de Marioupol. La prise de ce port pourrait permettre d’encercler les forces loyalistes massées à Marioupol, tout en ouvrant la route de la Crimée.

Par ailleurs, selon Dmytro Tymchuk, expert proche du pouvoir et généralement bien informé, des rampes de missiles tactiques à haute précision Iskander auraient été installées à la frontière. Les Iskander ont une portée de 500 km, pouvant donc frapper les grandes villes de Kharkiv, Dnipropetrovsk ou Zaporijjia, sur la «ligne du Dniepr».

«L’armée ukrainienne pourrait se retrouver dans la même situation qu’en août lorsque les Russes ont ouvert le feu sur elle depuis la Russie et que les Ukrainiens ont été incapables de répondre», craint Oleksiy Melnyk, directeur des programmes de sécurité au Centre Razumkov à Kiev. En attendant le prochain mouvement à grande échelle, hier, à Donetsk, en fin d’après-midi, deux adolescents ont été tués par des tirs d’artillerie. Deux gamins qui jouaient sur le terrain de sport de l’école N° 63.

Le leader de la «République de Donetsk» a évoqué en public la possibilité de «prendre Marioupol par la force»

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