Éditorial

Kiev, l’Europe et le cocu

En coupant les ponts avec la Russie, l’Ukraine ne se rapproche pas pour autant de l’Europe, qui cherche l’apaisement pour des raisons économiques car les sanctions ont des effets des deux côtés du nouveau mur qui entoure l’ancien empire russe

Editorial

Kiev, l’Europe et le cocu

Quel encombrant partenaire! Le genre dont Bruxelles se passerait bien. L’Ukraine aime l’Europe, veut s’en rapprocher, lui ressembler, la tenir, lui appartenir jusqu’à la déraison. En propulsant ministres deux citoyens européens et un américain, le président ukrainien Petro Porochenko et son premier ministre, Arseni Iatseniouk, ont ajouté à la déclaration d’amour la provocation à l’égard de Moscou.

Un Lituanien, Aivaras Abromavicius, un Géorgien, Alexander Kvitachvili, et une Américaine, Natalia Jaresko, ont été adoubés respectivement ministre de l’Economie pour le premier, ministre de la Santé pour le second et ministre des Finances pour la troisième. Pour contourner la loi qui interdit aux étrangers des postes ministériels, le président les a naturalisés par décret et in extremis, mardi matin. Kiev a d’excellentes raisons de convoiter des compétences hors de son territoire. Petro Porochenko a évoqué l’une d’entre elles en proposant d’octroyer à un étranger la responsabilité du Bureau anti-corruption car il n’aurait aucun lien avec les réseaux mafieux du pays.

Mais c’est faire injure aux Ukrainiens que de penser que de tels profils ne peuvent se trouver localement. De simples prétextes, alors? On devine que Kiev, après sa séparation d’avec Moscou, veut nouer d’autres liens et se tourner vers l’Occident pour trouver les protections – l’OTAN – et l’aide financière – l’Union européenne et le FMI – pour se prémunir contre un mari jaloux, impécunieux et devenu violent.

Toutes ces raisons ne donnent pourtant pas raison au président ukrainien et à son premier ministre. Avec ces nominations, Kiev jette de l’huile sur le feu et compromet la relation avec son ancien compagnon. Les deux nations ne vont pouvoir rompre facilement, elles devront se partager les acquêts et un héritage commun. La garde partagée des enfants nécessite de maintenir un dialogue.

En coupant les ponts avec la Russie, l’Ukraine ne se rapproche pas pour autant de l’Europe, qui cherche l’apaisement pour des raisons économiques car les sanctions ont des effets des deux côtés du nouveau mur qui entoure l’ancien empire russe. Bruxelles n’est donc pas prêt à épouser l’Ukraine. L’Europe devrait avoir le courage d’une position claire: ses promesses de mariage seront sans lendemain. Faute de clarté, elle pourrait être entraînée là où elle ne veut absolument pas aller, une confrontation avec la Russie.

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