STATISTIQUES

7 clés pour comprendre le terrorisme en France depuis 40 ans

La tuerie de Charlie Hebdo, par sa violence glaciale, par son ampleur inédite (12 morts), par sa dimension symbolique, incarne un terrorisme aveugle et barbare qui a choqué profondément le monde entier. Pour tenter de remettre ce drame dans son contexte historique, Le Temps s’est plongé dans les statistiques du terrorisme en France depuis les années 70. Voilà 7 informations à retenir.

■ 1. L’attentat de Charlie Hebdo est le plus mortifère depuis 1961

Sur la Global Database of Terrorism, la base de données de référence (lire ci-dessous les précautions méthodologiques) qui répertorie les attentats dans le monde entier, on dénombre 2564 actes terroristes perpétrés en France entre 1972 et 2013. Dont une grande partie n’ayant entraîné aucun blessé ni aucune victime (une bombe placée devant une mairie en Corse par exemple).

Au total, ce sont 174 attentats qui ont tué en France 241 personnes depuis 1972. Le massacre de Charlie Hebdo est l’attaque la plus mortifère depuis 1961, lorsque l’Organisation armée secrète (OAS) avait fait dérailler le train Strasbourg-Paris avec des explosifs (28 morts). En 1995, la pose d’une bombe dans le métro Saint-Michel par des extrémistes islamistes algériens avait tué 8 personnes. En 1978, des terroristes palestiniens avaient tiré à Orly sur des passagers en partance pour Tel-Aviv, 8 morts également.

■ 2. Les attentats terroristes en France ont énormément diminué la fin des années 1990

Mais comment ces chiffres ont-ils évolué dans le temps? Comme le montre ce graphique, le nombre d’attentats a considérablement décru ces dernières années, sans qu’il soit facile de l’expliquer: est-ce dû à un contexte moins violent ou à une sécurité plus efficace? .

Si on s’intéresse plus spécifiquement aux morts, le constat est le même: une baisse importante du nombre des victimes à partir de 2000, exception faite de l’année 2012, avec les meurtres perpétrés par Mohamed Merah. C’est à l’inverse dans les années 70 et 80 que la fréquence et la mortalité des attentats sont les plus soutenus. L’Europe vivait alors ses «années de plomb», nourries de l’activisme violent des groupuscules d’extrême-gauche et d’extrême-droite (Action Directe, OAS, Groupe Charles-Martel).

■ 3. En Europe, la France est particulièrement menacée

De par ses prises de positions, en Irak notamment, la France est l’un des pays européens les plus visés. Selon le dernier rapport Europol, sur 216 arrestations de terroristes en Europe en 2013, 143 l’ont été en France. Mais, expliquait le chercheur Philippe Migaux dans les colonnes de l’Express, “les projets réussissent rarement en France car nous avons une plus grande expérience dans la détection des attaques terroristes que nos voisins.”

■ 4. Les attentats français sont perpétrés en Corse et dans le sud de la France

Où ont lieu ces attentats ? La Corse est - de très loin - la région française la plus touchée depuis 1970. 1410 attentats ont eu lieu dans l’île contre 1100 pour le reste de la France (même si ces attentats insulaires ont peu tué, “uniquement” 41 personnes).

Si Paris, de par sa position de capitale, est particulièrement visée, on trouve une représentation très importante des villes du sud de la France: Marseille, Nice ou Aix-en-Provence. Viennent aussi les villes de province où les mouvements indépendantistes sont bien implantés: le pays basque en premier lieu (Biarritz et Bayonne) ou Rennes, en Bretagne.

■ 5. Les indépendantistes sont les plus violents

Qui sont les auteurs de ces attentats ? La base de données Global Terrorism ne mentionne pas la nationalité des auteurs, mais le nom des groupes responsables. En nombre absolu, les groupes corses, dont le FLNC, sont les plus actifs, entre 1000 et 1400 attentats depuis 1972. En revanche, si on se focalise uniquement sur le nombre de morts, ce sont les Groupes antiterroristes de libération, ces commandos para-policiers et para-militaires formés clandestinement dans les années 80 par l’Etat espagnol pour lutter contre l’ETA qui ont le plus tué, 12 morts. Le FLNC corse est lui responsable de la mort de 11 personnes depuis 1972, suivi de l’Armée secrète de libération de l’Arménie, un groupuscule d’extrême gauche issu de la diaspora. Beaucoup d’attendats sont aussi le fait d’individus isolés ou non revendiqués.

■ 6. La bombe est l’arme la plus utilisée par les terroristes

Si on s’intéresse au modus operandi des attentats, on constate que la bombe est l’arme la plus utilisée dans 75 % des attentats, suivie des armes à feu (8%). En revanche, l’image du kamikaze est totalement fausse. Les auteurs des attentats n’ont pas de velléités suicidaires, à l’unique exception de Richard Reid, ce Britannique qui avait tenté de faire sauter le vol Paris-Miami en 2001, en camouflant des explosifs dans ses chaussures.

■ 7. Les commerces sont le plus souvent visés, les journaux aussi

Où se produisent ces attentats? Ce sont principalement des entreprises qui sont visées, notamment des banques, des supermarchés ou des commerces de détail, comme lors de l’attentat antisémite contre un restaurant de la Rue des Rosiers en 1982. Les lieux symboles de l’Etat, les préfectures, les postes de police ou les ambassades sont souvent des cibles, comme lors du meurtre de trois policiers par Action Directe en 1994.

Enfin, les journaux sont aussi dans le viseur des terroristes (54 attentats depuis 1972). Il y eu L’Aurore en 1974 par le terroriste Carlos, sans victime. Les 12 de Charlie Hebdo n’auront pas eu cette chance.

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Méthodologie. Ces informations sont issues de la base de données de la Global Terrorism Database de l’Université du Maryland. Si cette base mondiale fait référence, elle est aussi critiquée principalement en raison de son changement de méthodologie en 2011. Avec pour conséquence l’impression - faussée d’après les auteurs -, d’une explosion des chiffres du terrorisme ces trois dernières années, notamment des attentats suicides. Le débat est important : ces chiffres, souvent repris dans les médias, ont été utilisés par les gouvernements américains successifs pour justifier leur politique antiterroriste. Dans le cas des données que nous utilisons, la question ne se pose pas.

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