FRANCE

Le gouvernement français sort gagnant du séisme «Charlie»

La stature du président François Hollande sort renforcée des événements du début de l’année, qui ont rapproché les Français des fonctions régaliennes de l’Etat

François Hollande sort gagnant du séisme «Charlie»

France Plusieurs sondages montrent un fort rebond de popularité pour l’exécutif

La confiance des Français dans l’Etat est un écueil pour les frondeurs du PS, l’UMP et le FN

Un seul mot d’ordre dans les coulisses du pouvoir ces jours-ci en France: «Continuer de faire souffler l’esprit du 11 janvier.» En clair: tous les ministres sont priés d’insister sur le besoin d’unité nationale, et sur le fait que la France est sortie renforcée de l’épreuve terroriste, puis de la marche républicaine la plus importante depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. «Quels sont les risques? Le premier serait de tourner la page, de repasser aux affaires courantes, faire comme si rien ne s’était produit. «Après ce sursaut exceptionnel, la vie doit continuer, mais pas comme avant», a indiqué au Monde François Hollande, en marge d’un déplacement samedi dans son fief corrézien de Tulle, estimant que les attentats «doivent donner plus d’audace dans l’action réformatrice».

Pour le président français, la séquence est inespérée. Apprécié pour son ton juste, sa compassion envers les victimes, et sa capacité à se comporter en chef de l’Etat respecté, secondé par l’énergique premier ministre Manuel Valls et l’efficace ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, François Hollande a, au moins pour le moment, renversé la tendance. Crédité, avant la tourmente des attentats, de moins de 13% d’opinions favorables, et défié au quotidien à l’intérieur de sa majorité socialiste par les «frondeurs» pressés de dénoncer son virage social-libéral, l’hôte de l’Elysée navigue désormais dans des vents bien plus favorables. Deux instituts, Ifop et Ipsos, ont enregistré un bond de popularité présidentiel de près de 20%. Selon l’Ifop, 40% des personnes interrogées approuvent aujourd’hui son action, et 61% celle de Manuel Valls. «Hollande a toujours cru qu’il avait de la chance et que les événements lui permettraient de se révéler. C’est le cas aujourd’hui, même si l’on a du mal à utiliser le mot «chance», dans un tel contexte», juge Alain Bergougnoux, l’un des dirigeants historiques du Parti socialiste.

Le séisme «Charlie», expliquent les observateurs, a rebattu les cartes politiques sur trois points essentiels: l’autorité présidentielle, le rayonnement international de la France et le sentiment d’appartenance collective à une communauté nationale menacée. Trois points qui, justement, constituaient le talon d’Achille du pouvoir, depuis l’élection de François Hollande à la tête de l’Etat en mai 2012. «Désormais, le président est jugé à la hauteur de ses fonctions. Paris est devenu l’un des centres de la riposte mondiale à la terreur et tout le monde cogite pour sauver le modèle français. C’est déjà énorme», estime-t-on dans l’entourage présidentiel. Un ancien ministre de droite concède: «Ces événements ont engendré un sursaut de fierté alors que la France, depuis 2012, semblait irrémédiablement s’enfoncer. Or, un gouvernement, quel qu’il soit, gouverne toujours mieux lorsqu’il se sent soutenu dans ses fonctions régaliennes.»

Conséquence logique: tous ceux qui concentraient leurs tirs politiques sur la faiblesse du chef de l’Etat, en l’accusant d’être largement responsable du «French Bashing» à l’étranger, se retrouvent, eux, en porte-à-faux. A commencer par Nicolas Sarkozy. Moqué par les médias pour avoir tenté, lors de la marche des dirigeants étrangers le 11 janvier, de se glisser au premier rang de la photo, l’ancien président élu fin novembre président de l’UMP semble à la peine, alors que les sujets sécuritaires lui sont familiers et que son bras droit n’est autre que l’ancien patron de la police nationale, Frédéric Péchenard, toujours très bien introduit au Ministère de l’intérieur. Pour avoir, dès le 12 janvier, dit que «l’immigration complique les choses en matière de réponse au terrorisme», dénoncé le «communautarisme» et les problèmes dans la formation des imams, l’ancien chef de l’Etat a aussitôt été renvoyé à son bilan, plus que mitigé. Obligé, notamment, de reconnaître l’échec du Conseil français du culte musulman (CFCM), dont il avait soutenu la création en 2003, comme ministre de l’Intérieur.

Autre personnalité bousculée: la présidente du Front national, Marine Le Pen. Là, la faute est surtout tactique. Le FN reste très bien placé pour profiter du ressentiment anti-musulman. N’empêche: son absence lors de la manifestation du 11 janvier, sa dénonciation de «l’Etat UMPS» alors que l’unité nationale était mise en avant, mais aussi les sorties «complotistes» de son père Jean-Marie Le Pen sur l’éventuelle implication de services secrets dans les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher, ont brouillé son image. Avec une difficulté de plus pour la présidente du FN: son inexpérience à des postes de responsabilité politique: «C’est une règle: en période de crise, les électeurs font plutôt confiance à ceux qui gouvernent et savent gouverner», juge le politologue Pierre Matthiot. Non sans avertir: «Ce bond dans les sondages est avant tout de circonstance. Ce capital de confiance ne pourra être consolidé qu’avec des succès sur le front du chômage, etc.»

Du coté de l’extrême gauche, des écologistes et des «frondeurs» du PS, tous vent debout contre François Hollande, la difficulté est double: leur critique, surtout économique, passe pour l’heure au second plan, et leur rébellion est mal perçue, au moment où le pays est défié. Mieux: le gouvernement peut, s’il s’y prend bien, profiter des événements pour recoller les morceaux avec la société civile et son électorat: «Il vaut mieux un pouvoir de gauche dans des moments comme celui-ci, juge la présidente des jeunes socialistes, Laura Slimani, elle-même plutôt proche des frondeurs. La gauche est mieux placée pour éviter la tentation autoritaire, et protéger l’Etat de droit.» Cette semaine, les ministres de l’Intérieur et de la Justice doivent faire leurs propositions pour améliorer le renseignement et le suivi des filières djihadistes. Ce sera un premier test.

«Après ce sursaut exceptionnel, la vie doit continuer, mais pas comme avant», reconnaît le président

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