Sécurité

Les robots se multiplient sur les champs de bataille

Les armes dotées d’autonomie se multiplient sur le champ de bataille. Certaines seront bientôt capables de prendre des décisions toutes seules

La guerre est de plus en plus une affaire de robots. Soit d’armes jouissant d’une grande autonomie, qu’elles soient télécommandées à des distances considérables, à des milliers de kilomètres dans le cas des drones américains à l’œuvre au Pakistan ou au Yémen, ou qu’elles soient dotées d’un haut degré d’automatisation, grâce aux programmes informatiques sophistiqués qui leur sont associés. Une évolution marquante, et lourde d’enjeux, à laquelle la Webster University, près de Genève, consacrera ce vendredi son Forum annuel sur la sécurité.

Les armes télécommandées ont déjà une longue histoire. Les Etats-Unis ont déployé leurs premiers drones au cours de la guerre de 14-18, dans le but d’épier les champs de bataille fréquentés par leurs troupes et les voies maritimes empruntées par leurs navires. Ils ont ensuite amélioré la méthode pour élargir leur champ d’observation et réduire le temps passé entre la collecte du renseignement et son exploitation. Dans les années 1980, la miniaturisation de l’électronique et la possibilité de regarder des images en temps réel ont ouvert aux militaires de nouvelles perspectives que l’armée israélienne a exploitées durant son opération d’invasion du Liban «Paix en Galilée». Puis, au tournant du siècle, la puissance croissante de ces appareils a permis de les armer et donc de réunir en leur sein les capacités de reconnaissance et de combat.

Les «avions sans pilote» sont les plus connus de ces appareils. Mais d’autres véhicules télécommandés les rejoignent sur le champ de bataille. Des microdrones, d’abord, soit des drones aériens miniatures au potentiel extraordinaire dans le domaine de l’espionnage mais à la grande vulnérabilité face aux caprices de la météo et… aux prédateurs. Des drones terrestres, ensuite, de petits engins montés sur roues ou sur chenilles, voire sur pattes, experts dans l’exploration des sites les plus dangereux. Des drones sous-marins, enfin, que les Etats-Unis développent pour défendre leurs ports et leurs navires de guerre contre les mines ou les plongeurs mal intentionnés.

Certaines armées font d’ores et déjà un usage intensif de ces appareils. «Les contingents allemands et britanniques de l’ancienne Force internationale d’assistance et de sécurité en Afghanistan comptaient respectivement 5000 et 3500 militaires, relève Alexandre Vautravers, rédacteur en chef de la Revue militaire suisse et organisateur du Forum de la Webster University. Or, l’un et l’autre disposaient de 1000 à 1500 drones.»

Et ce n’est qu’un début. Le potentiel de développement de ces armes paraît immense. L’une des questions les plus fascinantes à ce sujet est le degré d’indépendance que ces engins pourraient gagner. En d’autres termes, ont-ils pour vocation de rester sous le contrôle constant d’êtres humains? Ou certains d’entre eux finiront-ils par agir tout seuls?

Ce n’est pas là un scénario de science-fiction. Un certain nombre de missions sont plus compatibles que d’autres avec un haut degré d’automatisation. Tel est le cas, par exemple, des activités de déminage. Un robot spécialisé est susceptible d’assumer de manière satisfaisante cette tâche sans être téléguidé en continu par un opérateur. Il en est de même de certaines activités de contrôle. Le long mur en construction entre l’Arabie saoudite et l’Irak pourrait être équipé de postes de contrôle automatiques, capables de vérifier les identités et, le cas échéant, de faire feu sans intervention humaine directe.

Certains environnements naturels imposent par ailleurs de laisser aux machines une grande indépendance. Il est beaucoup plus difficile de communiquer à travers l’eau qu’à travers l’air. Surtout à des grandes distances et à de grandes profondeurs. Pour fonctionner, les drones sous-marins devront donc jouir d’une large «liberté de manœuvre». Tant qu’ils auront à neutraliser des mines, cela ne posera pas de problème moral particulier. Mais comment faudra-t-il les programmer en prévision de rencontre avec des plongeurs ennemis?

Il est techniquement possible, aujourd’hui, de fabriquer des armes capables de décider de la vie et de la mort d’êtres vivants. Mais leur existence supposerait une énorme prise de risque. «Les engins de ce genre gardent le comportement attendu tant qu’ils rencontrent sur le terrain des conditions similaires à celles qu’ils ont connues en phase de test, remarque Alexandre Vautravers. Mais tout événement inédit, une radiation, une déclivité exceptionnelle du terrain, peut les rendre imprévisibles. A l’heure où les militaires sont soumis à des règles d’engagement toujours plus strictes, on voit mal des Etats développés lâcher des robots dans la nature en sachant que leurs créatures sont susceptibles de faire n’importe quoi.»

«Security Forum 2015: from drones to killer robots?», vendredi 6 février de 9h à 17h, à la Webster University, 15, route de Collex, Bellevue (GE). Ouvert au public.

 

 

 

Pour fonctionner, les drones sous-marins devront jouir d’une grande «liberté de manœuvre»

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