Haut-commissariat aux droits de l’homme

Le prince Zeid restructure pour éviter la mise sous tutelle

Le haut-commissaire aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al-Hussein, veut rapprocher ses collaborateurs du terrain. 10% des effectifs genevois sont concernés. Les critiques pleuvent

Le prince Zeid, attaqué, dévoile ses réformes

Genève Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme va délocaliser environ 50 postes

Le haut-commissaire aux Droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a présenté jeudi un plan de restructuration de ses services. Il entend couper ainsi l’herbe sous le pied aux gouvernements qui entendent le mettre sous tutelle. Mais les syndicats de l’ONU dénoncent un plan adopté dans la précipitation et sans aucune concertation avec le personnel.

Une cinquantaine de postes seront délocalisés, soit 10% des effectifs à Genève. Le bureau de New York, siège principal de l’ONU, sera renforcé. De même que ceux de Bangkok, Dakar, Addis-Abeba et Bruxelles. De nouvelles antennes devraient être créées à Washington, à Almaty, au Kazakhstan, ainsi qu’à Amman, en Jordanie. Les pays concernés doivent encore donner leur feu vert.

Cela ne va pas de soi. Car, en plus de conseiller les gouvernements en matière de promotion des libertés, le Haut-Commissariat sert de porte-voix aux victimes. «Nous allons redéployer des ressources plus près des pays que nous voulons aider et des gens dont nous devons protéger les droits», a expliqué Zeid Ra’ad Al Hussein, mardi devant le Conseil des droits de l’homme (CDH).

Créé en 1993, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme est l’une des plus jeunes institutions du système onusien. Il compte aujour­d’hui plus de 1000 employés, dont la moitié basée à Genève, notamment pour assurer le fonctionnement du CDH, composé de 47 Etats, et soutenir les rapporteurs spéciaux, ces enquêteurs indépendants, nommés par ce même CDH.

«Depuis quelques années, on nous demande avec une insistance croissante de renforcer notre présence sur le terrain», a assuré Zeid Ra’ad Al Hussein. En 2014, de nouvelles crises ont éclaté, au Soudan du Sud, en Centrafrique ou en Ukraine, en plus des enquêtes déjà en cours sur les crimes commis en Syrie ou en Corée du Nord. De plus, le Haut-Commissariat reçoit de plus en plus de demandes d’assistance technique.

A son arrivée l’an dernier au Palais Wilson, le prince jordanien avait trouvé une situation financière catastrophique. Il s’était plaint de devoir entamer son mandat en coupant des postes et des programmes. Une soixantaine d’emplois ont déjà été supprimés. La restructuration annoncée jeudi devrait permettre de faire des économies sans procéder à des licenciement. «Mais il y a des gens qui ont été engagés à Genève et ne pourront pas être déplacés», met en garde Ian Richards, le représentant des employés de l’ONU.

Ces remous avaient incité le corps commun d’inspection, les auditeurs internes de l’ONU, à se pencher sur le fonctionnement du Haut-Commissariat. Le rapport pointe une «dépendance» à l’égard de certains donateurs. Ce qui est perçu comme «portant atteinte à son image de neutralité». Environ 60% du budget du Haut-Commissariat provient de contributions volontaires des Etats.

Des risques de dérapage

Les plus généreux sont les pays scandinaves et les Etats-Unis. La moitié des contributions de Washington sont versées pour des programmes spécifiques, contre la torture ou en Amérique latine, l’autre moitié étant laissée à la discrétion du Haut-Commissariat en fonction de ses priorités. La Russie finance aussi des programmes spécifiques, comme pour le droit des minorités. En revanche, les dons du Maroc ou de l’Arabie saoudite, autres ­donateurs importants et régulièrement critiqués par le Haut-Commissariat, ne sont pas conditionnés.

Fait sans précédent, le rapport d’audit sera présenté devant le CDH. Avec tous les dangers de dérapages que cela suppose. En effet, plusieurs Etats, comme Cuba ou plus récemment l’Egypte, tentent depuis des années de mettre sous leur tutelle le Haut-Commissariat. Le fait que le rapport ait été rédigé par l’ancien ambassadeur indien auprès des Nations unies, alors très favorable à une reprise en main du Palais Wilson, suscite la plus grande méfiance. «Nous avons obtenu qu’il se limite à présenter son rapport pendant dix minutes sans qu’il y ait un débat», explique un diplomate occidental. Pas sûr que cela soit suffisant pour désamorcer le risque.

«Il faut à tout prix préserver ­l’indépendance du Haut-Commissariat», prévient Peter Splinter, le représentant d’Amnesty International, à Genève. «Depuis son entrée en fonction, il ne ménage pas les Européens et les Américains, alors qu’ils sont d’importants bailleurs de fond», observe-t-il. L’une des recommandations du rapport d’audit serait de renforcer le contrôle sur le Haut-Commissariat mais sans toucher au prince jordanien. Selon Peter Splinter, «cela reviendrait à lui couper les ailes».

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