Ukraine

Kiev accusé d’étouffer l’économie du Donbass

Le pays a célébré la fête de l’indépendance. L’occasion pour les pro-russes à Donetsk de dénoncer le blocus économique qui leur est imposé

Kiev accusé d’étouffer l’économie du Donbass

Ukraine Le paysa célébré la fête de l’indépendance

A Donetsk, les pro-russes dénoncent le blocus qui leur est imposé

A Donetsk, fief des rebelles pro-russes, la fête nationale ukrainienne du 24 août a été raillée comme la «fête de la dépendance». «Kiev est gouverné par les Américains, les Européens et les oligarques ukrainiens», affirme Edouard Bassourine, vice-ministre de la Défense de la «République populaire de Donetsk» (RPD, auto-proclamée). Lundi matin, les autorités locales ont organisé une manifestation sur la place Lénine, qui a brièvement rassemblé environ 300 personnes scandant des slogans violemment anti-ukrainiens. «Kiev célèbre son indépendance dans des flots de sang, le génocide et la tyrannie nazie», clame Edouard Bassourine, sanglé dans son inséparable tenue de camouflage.

De leur côté, les autorités ukrainiennes accusent les autorités rebelles de Donetsk et Lougansk d’être des marionnettes du Kremlin. Prononçant un discours pour la 24e fête de l’indépendance, le président ukrainien Petro Porochenko a accusé hier Moscou de n’avoir «pas renoncé à une intervention militaire directe ni à une offensive des rebelles». Il a comparé la zone du Donbass occupée par les forces pro-russes au Mordor («pays noir») de Tolkien.

La guerre des mots ne trompe plus personne à Donetsk. Le conflit entre les rebelles soutenus par Moscou et l’armée ukrainienne, s’est transformé en guerre d’usure depuis la signature de l’accord de Minsk en février dernier. La ligne de front dans l’est de l’Ukraine n’a quasiment pas bougé depuis six mois, mais le conflit continue à faire des victimes: quelque 7000 personnes sont mortes en un an et demi.

Les deux camps ont mis à profit les derniers mois de calme relatif pour consolider leurs positions défensives, creusant des tranchées et construisant des bunkers. Les violations de l’accord de cessez-le-feu par les deux camps consistent surtout en des duels d’artillerie touchant la population civile, car le front traverse des zones urbaines. Les villes de Donetsk et Gorlovka (aux mains des rebelles) et Marioupol (contrôlée par Kiev), qui sont des pôles industriels importants, souffrent tout particulièrement des bombardements.

«Seulement 15% de nos capacités industrielles ont été détruites au cours du conflit», estime Evgueni Lavrionov, responsable du développement industriel de la République populaire de Donetsk. Les filières charbon, minières et métallurgiques constituent l’essentiel de l’économie du Donbass, mais les liens avec l’Ukraine et la Russie sont pratiquement coupés par les affrontements. «Les grandes usines continuent de fonctionner, mais au ralenti. Si d’ici à un an nous ne parvenons pas à être reconnus par d’autres pays, ce qui est la condition pour relancer les échanges commerciaux, alors nous passerons le point de non-retour, avec une destruction progressive des capacités de production», admet Evgueni Lavrionov.

«De nombreuses usines ont été détruites ou pillées par les deux camps, affirme Dmitri, un jeune ingénieur favorable à la RPD. Les équipements sont démontés et vendus comme de la ferraille, ce qui rapporte beaucoup d’argent aux pilleurs.» Dmitri estime toutefois que la république peut se relever et que dans tous les cas le combat doit continuer car «Kiev veut une intégration dans l’Union européenne, ce qui garantit la mort de notre industrie».

A cause du blocus économique imposé par Kiev aux territoires sous contrôle pro-russe, la totalité des grandes entreprises du Donbass se sont ré-enregistrées sur le territoire contrôlé par Kiev afin de pouvoir tant bien que mal écouler légalement leur production. «Elles ne paient pas d’impôts à la république, se lamente Evgueni Lavrionov. Nous leur demandons au moins de ne pas licencier leurs employés, pour éviter une explosion sociale.»

Le maire de Donetsk, Igor Martynov, voit dans le comportement de Kiev une tentative de déstabiliser la situation politique. «Les bombardements sur Donetsk font partie de cette stratégie consistant à monter la population contre les autorités de la RPD, mais cela ne fonctionne pas», insiste le maire. Malgré le conflit, la ville continue d’être correctement entretenue et les services publics fonctionnent. Dans le centre, de nombreux commerces ont fermé, mais les terrasses des cafés débordent encore de jeunes gens. A l’inverse, les zones périphériques au nord et à l’ouest de la ville, très proches de la ligne de front, sont désertées.

L’Ukraine se tire également une balle dans le pied avec le blocus qu’il impose au Donbass. Sur les étagères des épiceries de Donetsk, les produits russes ont remplacé les ukrainiens. Et le rouble a presque entièrement remplacé la grivna ukrainienne.

La ville de Donetsk continue d’être bien entretenue et les services publics fonctionnent

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