Ukraine

A Kiev, la réforme constitutionnelle met le feu aux poudres

L’opposition nationaliste a manifesté devant le parlement qui venait de voter. Deux morts (bilan revu à la hausse ce mardi après qu’un policier a succombé à ses blessures) et plus d’une centaine de blessés

A Kiev, la réforme constitutionnelle met le feu aux poudres

Ukraine L’opposition nationaliste a manifesté devant le parlement. Un mort et plus d’une centaine de blessés

Kiev a connu lundi sa pire journée de violence depuis février 2014, en pleine révolution pro-européenne de Maïdan. Des affrontements brefs mais très intenses ont éclaté entre des manifestants nationalistes et les forces de l’ordre juste à l’entrée du parlement ukrainien. Un jeune garde national, conscrit, a été tué, à la uite de l’explosion d’une grenade, alors que 122 personnes, principalement des forces de l’ordre, ont été hospitalisées.

«Il s’agit d’un acte anti-ukrainien pour lequel tous ses organisateurs doivent prendre leur entière responsabilité, a tonné le président Petro Porochenko en fin de journée, dans une annonce télévisée à la nation. Pendant que nos troupes défendent la patrie, d’autres tuent à Kiev, dans l’intérêt des bannières de leur parti ou bien pour des sièges dans un conseil de district. Les modifications constitutionnelles sont une chance pour protéger l’intégralité territoriale de l’Ukraine.»

Décentralisation

Dans la matinée, les députés de la Rada s’étaient réunis pour voter en première lecture la proposition de modification de la Constitution demandée en juillet par le chef de l’Etat. Cette réforme introduit davantage de décentralisation en Ukraine, mais traite également des «particularités de l’autonomie des pouvoirs locaux dans les arrondissements des régions de Donetsk et de Lougansk», en proie à la guerre. Une initiative lourdement poussée en sous-main par Paris et Berlin.

En amont du vote, un climat étouffant pèse dans les travées de la Rada. Les députés du Parti radical, la formation du populiste Oleh Liach­ko, filtrent les entrées du parlement. Alors que les députés se rassemblent, les formations d’obédience nationaliste et populiste, Parti radical et Svoboda en tête, font le chahut, et noient toute discussion dans des hymnes chantés à tue-tête, accusant le pouvoir de «vendre la terre ukrainienne aux Russes».

Puis, Volodymyr Hroïsman, président du parlement et homme de confiance de Petro Porochenko, met le texte au vote. Le texte est adopté avec 265 voix – il en fallait au moins 226. Le bloc Porochenko, le Front populaire d’Arseni Iatseniouk, mais également le bloc d’opposition (partisans de l’ex-président Ianoukovitch) votent pour. Les députés Batkivchina, le parti de Ioulia Timochenko, et ceux d’Oleh Liachko votent contre, tout comme Svoboda, faisant naître un arc national-populiste.

Puis soudain, la tension monte. A l’extérieur de la Rada, plusieurs centaines de sympathisants du parti d’extrême droite Svoboda se massent devant un cordon policier. Depuis les fenêtres du parlement, des journalistes filment au smartphone l’explosion de violence. A 13h15, un individu surgit et jette un bouclier sur les gardes nationaux. Des pavés fusent, puis des cocktails Molotov. Une grenade explose, faisant trembler la façade, et fauchant plusieurs dizaines de policiers. Des tirs d’armes à feu sont entendus. Igor Debrin, 25 ans, un jeune conscrit qui revenait du front de l’est, décédera de ses blessures occasionnées par un éclat de grenade selon le ministre de l’Intérieur, Arsen Avakov.

«La provocation sanglante afin de compromettre la résistance du peuple au changement de la Constitution est à porter sur la conscience du président Porochenko», déclare dans la foulée Andriy Lozovyi, numéro deux du Parti radical d’Oleh Liachko, qui n’aura cessé de souffler sur les braises. Mais dans l’ensemble, la classe politique est sous le choc et pointe du doigt l’irresponsabilité des formations nationalistes radicales.

Dans la ligne de mire: le parti Svoboda, très actif durant Maïdan, mais dont l’influence politique n’a depuis cessé de décliner. «Une grenade au parlement, c’est du terrorisme, s’insurge le député pro-Porochenko Moustafa Nayyem. Toute force politique dont la participation à ces événements sera établie doit disparaître de la carte politique.»

Pour une fois, le vent soufflant de Moscou était relativement modéré. «Nous sommes inquiets de voir ces manifestations de violence que nous considérons comme inacceptables, a ainsi déclaré le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov. Mais quoi qu’il arrive, nous considérons ce qui s’est passé comme une affaire intérieure de l’Ukraine.»

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