Europe

«L’Europe a les moyens d’être solidaire»

Bruxelles va demander aux Vingt-Huit d’accueillir 120 000 réfugiés supplémentaires. Elizabeth Collett, directrice de Migration Policy Institute Europe à Bruxelles, livre son analyse

«L’Europe a les moyens d’être solidaire»

La nouvelle n’est pas officielle, mais la Commission européenne ne la dément pas. Alors que les Vingt-Huit n’ont même pas encore commencé la relocalisation de 40 000 réfugiés se trouvant en Italie et en Grèce, les deux principaux pays de premier accueil, ils seront appelés dès la semaine prochaine à accueillir 120 000 réfugiés supplémentaires. Elizabeth Collett, directrice de Migration Policy Institute Europe, un centre d’études à Bruxelles, livre son analyse.

Le Temps: Que signifie cette nouvelle initiative?

Elizabeth Collett: L’Union veut mettre en place un mécanisme permanent de partage de réfugiés qui se déclenchera automatiquement en cas d’urgence. En attendant, l’ampleur des arrivées de ces dernières semaines l’oblige à une distribution ad hoc.

– L’initiative d’accueillir 120 000 réfugiés est-elle réaliste?

– En tout cas, elle ne sera pas facile à mettre en œuvre. Les Etats n’ont pas encore décidé des modalités de la répartition des 40 000 réfugiés décidée en juillet. Certains sont carrément réticents. Il y a toutefois une différence. La nouvelle initiative concerne aussi la relocalisation des réfugiés se trouvant en Hongrie. Il y a peut-être là matière à satisfaction pour le premier ministre hongrois. Viktor Orban pourrait convaincre ses homologues d’Europe de l’Est qui sont récalcitrants à tout système de quotas.

– La relocalisation d’une telle ampleur prendra des mois, non?

– L’Europe est franchement dépassée par les événements qui étaient pourtant prévisibles depuis douze mois. La Hongrie par exemple était avertie de la nouvelle route des Balkans qu’empruntent les migrants. Idem pour la Grèce. La proximité avec la Turquie où il y a plusieurs centaines de milliers de réfugiés syriens fait d’elle une destination évidente. C’est maintenant que les autorités grecques pensent à ouvrir des camps de réfugiés.

– Lorsque la chancelière allemande Angela Merkel déclare que son pays s’attendait à accueillir 800 000 candidats, ne s’agit-il pas d’une invitation à venir en Allemagne?

– Il y a 3 millions de réfugiés syriens en Jordanie et 4 millions en Turquie. C’est tout à fait humain qu’une partie d’entre eux, surtout ceux ayant les moyens, tente de refaire sa vie ailleurs. Les jeunes pensent qu’une formation et un emploi sont possibles en Europe. Il y a aussi ceux qui veulent rejoindre leurs parents se trouvant déjà sur le Vieux Continent.

– L’exemple allemand fera-t-il école?

– Je l’espère. A condition de s’y préparer. L’Europe a les moyens d’être solidaire. Mais elle doit aussi mettre la question à l’agenda international. Les grandes puissances doivent trouver une solution politique pour que des milliers de Syriens ne soient pas contraints de quitter leurs foyers.

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