Revue de presse

Attentats de Paris: la presse internationale entre hébétement, compassion et questions

Tous les journaux qui ne bouclaient pas trop tôt consacrent leur une aux attentats de Paris. Solidarité et empathie, et aussi le doigt pointé sur la crise syrienne et l’Etat islamique

Bien sûr, toutes les unes sont noires. Les mots de «guerre», «désastre» reviennent aussi sous toutes les plumes. Les points d’exclamation, le silence de la mort aussi. Et ce point commun également, dans l’analyse de la presse étrangère: c’est la crise syrienne qui est derrière la violence insensée qui s’abat sur la France.

«La France à nouveau dans l’œil du cyclone», commente Mohamed Chebarro sur Al Arabya News (la chaîne saoudienne prend soin de préciser que ses vues ne sont que les siennes), «une longue année après les attaques contre «Charlie Hebdo» pendant laquelle elle a essayé de lutter contre l’oppression en s’opposant à l’Etat islamique en Irak et en Syrie. Les attaquants ont apparemment répété plusieurs fois que la France devait payer pour son implication en Syrie […] La France n’envoie pas plus d’avions que les Etats-Unis ou la Russie, mais c’est le seul pays assez courageux pour maintenir que pour éradiquer l’EI, il est obligatoire de faire partir Bachar el-Assad. Ces attaques sont un nouvel avertissement à la France pour qu’elle change ses valeurs de défense des opprimés. Ce qu’elle ne fera évidemment pas.»

Le rôle international de la France est aussi souligné par Nathalie Nougayrède, ex-directrice du «Monde» désormais au «Guardian». «Depuis des années, la France est une puissance militaire profondément engagée contre le djihadisme, au Sahel […], en Irak, et cette année elle a intensifié ses frappes sur le territoire syrien. C’est l’un des pays qui fournit des centaines de recrues à l’EI, des jeunes souvent nés en France, éduqués et parfois convertis, qui vont en Syrie.» Le tout dans une situation de racisme dans les banlieues, de crise et de fort chômage des jeunes, explique-t-elle. «Il sera essentiel pour les autorités françaises d’envoyer les bons signaux pour empêcher la dislocation sociale et l’effondrement national que les auteurs de ces attentats cherchent sans nul doute à provoquer. Pour beaucoup, c’est un rappel cru, violent, traumatisant qu’on vit toujours dans l’ère post 11-Septembre.»

Tout n’a-t-il pas commencé par un match de football amical entre la France et l’Allemagne? «Cette nuit, France et Allemagne ont perdu ensemble, explique dans un commentaire le correspondant parisien de «Die Zeit», et maintenant elles vont devoir défendre l’Europe ensemble […]. L’accueil des réfugiés en Allemagne et les tirs français en Syrie sont les deux faces d’une même médaille, une réponse commune à la crise du Proche-Orient. […] Les terroristes ont choisi leur cible très soigneusement, c’est la société européenne libre, plus précisément, la société franco-allemande du temps libre sans défense dans un stade de foot. Les Français et les Allemands doivent apprendre à se battre ensemble.» Et de défendre l’idée d’une brigade franco-allemande. «France et Allemagne ont construit ensemble l’Europe, ils devront maintenant la défendre ensemble.»

La diplomatie plutôt que la guerre. «Massacre à Paris» titre sur sa une «Le Soir», avec cet éditorial: «Nous sommes tous des Parisiens […] L’Etat islamique a réussi récemment à frapper à deux reprises hors de son champ de bataille habituel (dans le Sinaï égyptien et à Beyrouth). Mais Barack Obama l’avait dit hier, avant les attaques de Paris: les Etats-Unis ont atteint leur objectif de «maîtriser l’élan» de Daesh en Irak et en Syrie. Hier également, le groupe djihadiste avait perdu au profit des forces kurdes la ville de Sinjar, en Irak […], sur les Yazidis. Une défaite sinon une déroute […]. Mais il faut garder la tête froide. Refusons le piège de la violence!» Autrement dit, l’Etat islamique enregistre des pertes sur son territoire et exporte donc son conflit. Le journal continue en défendant l’importance de la diplomatie: «Très vite, il faudra attirer l’Iran (réhabilité) et l’Arabie saoudite à la même table, pour forcer une désescalade entre frères ennemis chiites et sunnites. Et il faudra rechercher avec acharnement une solution politique en Syrie – et en Irak –, qui permettrait aux sunnites d’accéder à la place qui leur revient. Couper l’herbe sous le pied de ceux qui ont perdu la raison. Les isoler de populations ballottées qui ont juste perdu espoir.»

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