Moyen-Orient

Obama et Hollande ne ferment pas la porte à la Russie

Les présidents américain et français ont réitéré à la Maison-Blanche leur détermination à combattre l'Etat islamique tout en préparant la transition politique en Syrie

La rencontre entre les présidents français et américain à la Maison-Blanche devait être l’occasion de se rapprocher de l’union sacrée contre les djihadistes de l’Etat islamique (EI). Or le grave incident de mardi où un avion russe a été abattu par les forces antiaériennes turques a compliqué la donne. François Hollande et Barack Obama ont dû commencer à calmer le jeu. «Il faut éviter l’escalade. Nous avons un but prioritaire: combattre Daech [acronyme arabe pour l’EI].» Barack Obama a mis en lumière une position russe qui devient intenable. Si la Russie combattait en priorité l’EI au lieu de combattre des opposants syriens modérés près de la frontière turque, a-t-il souligné, «ce type d’incidents serait moins probable».

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Rompre l’isolement

Au début d’un marathon diplomatique qui va durer toute la semaine, beaucoup pensaient que François Hollande venait à Wa­shington pour demander à son homologue américain d’adopter une attitude plus conciliante envers Moscou. La France a semblé prête à tout, ces derniers jours, pour rompre l’isolement de la Russie et l’intégrer dans un front uni contre les djihadistes. Quitte à assouplir voire abandonner les sanctions internationales appliquées contre Moscou en raison de l’annexion de la Crimée par les forces russes. Des sanctions qui expirent le 31 janvier 2016. Mardi, François Hollande n’y a pas fait allusion et on sait Barack Obama opposé à une telle hypothèse.

Le président américain a néanmoins tenu à laisser la porte ouverte au maître du Kremlin, soulignant le rôle constructif joué par la Russie à Vienne, où un plan en huit points a été établi pour instaurer une transition politique en Syrie. «Le plan de Vienne est notre meilleure chance», a-t-il déclaré. Selon le locataire de la Maison-Blanche, la Russie a déjà perdu des centaines de combattants en Syrie, a plusieurs milliers de citoyens russes qui se sont rendus en Syrie pour combattre aux côtés de l’EI et fait par conséquent face à une menace intérieure. Moscou et Washington, a-t-il ajouté, ont un intérêt commun à unir leurs forces.

Le chef de la Maison-Blanche a toutefois mis en garde le Kremlin contre sa volonté de vouloir réinventer la roue: «Nous avons déjà une coalition composée de 65 pays.» Tous, en particulier les pays arabes, n’y ont pas un rôle très actif. Mais le démocrate a voulu montrer que la coalition internationale que la Russie appelle de ses vœux depuis le début de son intervention en Syrie n’a pas d’avenir, n’étant composée pour l’heure que de la Russie et de l’Iran, et dont la mission première est de soutenir le régime syrien. Sans un revirement des Russes, l’avènement d’une coalition unique semble improbable. Barack Obama est pourtant catégorique: «Au vu des capacités militaires de la Russie et de son influence sur le régime d’Assad, sa coopération serait d’une aide considérable» si Moscou décidait enfin de se concentrer sur l’EI.

Résolution 
au Conseil de sécurité

De son côté, le président français a articulé son plan d’action autour de plusieurs axes. Sur le plan militaire, il a réitéré la nécessité de «détruire Daech», d’intensifier les frappes aériennes et de soutenir davantage encore les forces locales, de démanteler ses réseaux de financements et de combattants étrangers et enfin de reconquérir les territoires actuellement occupés par le groupe djihadiste.

Parallèlement, François Hollande a jugé impératif de renforcer les échanges de renseignements et surtout de fermer la frontière entre la Syrie et la Turquie. A l’échelle de la diplomatie, il a rappelé l’importance de la résolution (française) du Conseil de sécurité autorisant à combattre l’EI «par tous les moyens». Il a souligné les mérites du plan de Vienne qui offre une transition politique crédible en Syrie devant permettre de préparer le départ du président Bachar el-Assad. «Les Syriens ne peuvent pas se réunir autour d’un leader qui est responsable de la majorité des sans doute 300 000 victimes» qu’a faites la guerre civile. Ex-commandant des forces alliées de l’OTAN, le général Wesley Clark juge le processus de Vienne fondamental: «Contrairement à ce qui n’a pas été fait en Irak, il faut réfléchir à la voie politique» pour sortir de l’impasse syrienne.

Les chefs d’Etat français et américain ont tous deux montré la détermination des démocraties à défendre leurs valeurs. Ils ont estimé que la future Conférence de Paris sur le climat (COP21) qui débute le 30 novembre, est le «plus beau symbole» de refus de la barbarie perpétrée par les terroristes de l’EI. Barack Obama a voulu rassurer les Américains abreuvés par la rhétorique belliqueuse des candidats républicains à la présidentielle de 2016. «Nous ne succomberons pas à la peur et nous ne la laisserons pas nous diviser.» Il a enfin rappelé la gravité de la situation tout en insistant sur le fait que c’est précisément en ces moments que l’Amérique doit rester fidèle à ses idéaux et ne pas sacrifier tous les droits et libertés sous-tendant sa démocratie.

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