France

Le scrutin des régionales aggrave le duel Juppé-Sarkozy

Le parti présidé par Nicolas Sarkozy a le plus grand mal à demeurer uni, malgré la victoire obtenue dans sept régions dimanche. L’autorité de l’ancien président est de plus en plus contestée par ses rivaux, à commencer par Alain Juppé

Nicolas Sarkozy a tiré le premier. Deux jours après le second tour des régionales à l’issue desquelles Les Républicains (LR) l’ont emporté par sept régions contre cinq au Parti socialiste, l’ancien chef de l’Etat a congédié sa vice-présidente Nathalie Kosciusko-Morizet, connue pour son intransigeance vis-à-vis du Front national. Surnommée NKM, l’ancienne candidate battue à la mairie de Paris en 2014 avait, entre les deux tours, voté contre la ligne officielle de sa formation refusant toute fusion de liste ou désistement en faveur de la gauche. Nicolas Sarkozy avait alors prévenu qu’il ne «tolérerait» pas une telle opposition frontale. Le leader des Républicains, soucieux d’asseoir son autorité sur une formation minée depuis la fin de son quinquennat par les rivalités de personnes, avait précédemment retiré son investiture en Lorraine à Nadine Morano, après les propos polémiques de celle-ci sur la France de «race blanche».

L’éviction de NKM, qui demeure membre du bureau politique et de la Commission d’investiture des Républicains, trahit en réalité une division beaucoup plus profonde: celle des futures primaires de l’automne 2016, qui désigneront le candidat de la droite à la présidentielle de mai 2017. Dès son retour en politique en septembre 2014, Nicolas Sarkozy a annoncé qu’il se présenterait, face à plusieurs rivaux déclarés: son ancien premier ministre François Fillon, tenant d’une ligne «libérale»; son ancien ministre des Affaires étrangères Alain Juppé, partisan d’un rassemblement le plus large possible au centre; son ancien ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire, qui s’était présenté contre lui à la présidence du parti, et son ancien ministre du Travail, Xavier Bertrand.

Ce dernier, net vainqueur dimanche dans la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie face à la présidente du Front national Marine Le Pen, en a aussitôt tiré les conséquences, annonçant son retrait des primaires et l’abandon de ses mandats nationaux pour se consacrer à la présidence de la région, à laquelle il doit accéder ce vendredi.

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L’affrontement politique le plus rude est toutefois celui qui devrait opposer Nicolas Sarkozy à Alain Juppé, tant les lignes défendues par les deux hommes sont opposées. L’ex-chef de l’Etat reste, sans l’avouer, fidèle à un positionnement de droite «forte» (son slogan présidentiel de 2012) et résolu à chasser sur les terres du FN tout en refusant le moindre arrangement électoral avec l’extrême droite. Cette ligne avait été défendue, à la fin de son quinquennat, par son ex-éminence grise Patrick Buisson, avec lequel il s’est brouillé suite à la divulgation d’enregistrements pirates effectués par ce dernier à l’Elysée.

Duel au couteau

A l’inverse, le maire de Bordeaux Alain Juppé – salué par les sondages comme le meilleur candidat possible face à Marine Le Pen au second tour de la prochaine présidentielle – cherche à incarner une posture gaulliste de rassemblement. Fait significatif: toutes les enquêtes d’opinion démontrent qu’une partie des électeurs de gauche accepteraient de voter pour Alain Juppé, alors qu’ils restent massivement hostiles à Nicolas Sarkozy.
Le problème, pour Alain Juppé dont la future équipe de campagne est dirigée par le député-maire LR du Havre Edouard Philippe, est de maîtriser le calendrier, en évitant d’apparaître comme un diviseur de la droite. Signe révélateur: l’ancien premier ministre de Jacques Chirac (1995-1997) s’est d’ailleurs aligné entre les deux tours sur la stratégie du leader des Républicains, tout en apportant son soutien à celle qu’il avait adoubé pour défendre les couleurs du parti dans sa région Aquitaine, l’ancienne productrice de télé-réalité Virginie Calmels. Or ce relatif mutisme n’a pas payé.

Alain Juppé apparaît attentiste, et sa protégée a été battue au second tour, en triangulaire, par le président sortant PS de la région, Alain Rousset. «Il nous faut maintenant exister davantage dans le débat public, mais plus nous avancerons, plus les coups vont pleuvoir. Ce sera sanglant», prédit un membre de l’équipe Juppé. L’entourage du maire de Bordeaux redoute un duel au couteau comme celui qui oppose, depuis 2012, François Fillon et Nicolas Sarkozy. Le premier, dopé par le succès de son récent livre Faire (Ed. Albin Michel), est dit-on résolu à faire échouer une nouvelle candidature du second.

Preuve de sa détermination, Nicolas Sarkozy vient de conforter le vainqueur de la région Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez, tenant d’une ligne dure pas très éloignée du FN, qui demeure seul vice-président des Républicains. Il a aussi promu l’un de ses proches, l’ancien ministre Eric Woerth, comme secrétaire général. Deux hommes capables de «tenir le parti» d’ici aux primaires, dont l’issue dépendra du nombre de votants. Plus cette primaire – qui devrait être «ouverte» à tous les électeurs acceptant de payer 1 euro – ratissera large, plus Alain Juppé aura l’avantage. Moins elle mobilisera, plus l’ancien locataire de l’Elysée sera favori, compte tenu de sa popularité au sein des militants de droite.

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