Mondialisation

L’urbanisation, défi sociétal et géopolitique

L’émergence des mégalopoles asiatiques est le grand bouleversement des quinze dernières années. L’explosion démographique de l’Afrique et celui de ses grandes agglomérations sera le prochain défi

L’image résume le défi de l’urbanisation accélérée du monde. Novembre 2011 à Bangkok, capitale de la Thaïlande. Une forêt de gratte-ciel au centre-ville, protégée par des kilomètres de digues artificielles et de sacs de sable, tandis que les banlieues sont submergées, et que les campagnes environnantes ont disparu sous les inondations, engendrées par les pluies torrentielles d’une mousson déréglée.

L’Asie émergente, celle de Shanghai ou Shenzhen (Chine), Mumbai (Inde), Djakarta (Indonésie), Séoul (Corée du Sud), Taïpei (Taïwan) ou Ho Chi Minh-Ville (Vietnam) assiste alors au naufrage d’une de ses mégapoles. La césure est nette entre les populations protégées, soit la bourgeoisie locale et expatriée retranchée près des quartiers d’affaires, et celle exposée aux catastrophes naturelles amplifiées par les dérèglements climatiques liés au réchauffement de la planète. La décennie de l’urbanisation vire au casse-tête politique, social, environnemental et sécuritaire.

Jungle de ciment

Entre 2000 et 2015, la mondialisation des villes a chamboulé les atlas et les rapports de force entre puissances. Le continent européen et son extraordinaire maillage séculaire de zones urbaines et industrielles, n’est plus le poumon citadin de la planète. Les 20 métropoles mondiales les plus peuplées sont, à l’exception de New York et de Los Angeles, toutes asiatiques ou latino-américaines. Sao Paulo et Mexico rivalisent avec Pékin et Tokyo. En 2011, le seuil fatidique des 20 villes de plus de 10 millions d’habitants est franchi. Elles seront 36 en 2030. Avec ce que cela suppose de défis afférents: explosion des prix du mètre carré, scandales de corruption foncière, évictions forcées de populations, destruction de quartiers historiques pour faire place à de nouvelles zones résidentielles et au percement d’axes routiers ou ferroviaires… Une jungle de ciment, de dollars, et d’infrastructures, percée de dizaines de millions de kilomètres de tuyaux et de câbles pour connecter à Internet et au téléphone mobile ces immenses bassins de population grossis par l’exode rural.

Mutations technologiques; révolutions de la connectivité; agrégations d’immenses zones urbaines et portuaires le long des côtes, par où transitent des porte-containers toujours plus gigantesques, capables de transporter d’un océan à l’autre jusqu’à 15000 containers standards. En quinze ans, le train à grande vitesse est devenu une réalité en Chine, en Corée du Sud, au Brésil. Seuls les aéroports occidentaux résistent et demeurent en tête de liste. La croissance exponentielle du trafic aérien chinois et asiatique, largement à but domestique ou régional, n’a pas encore permis aux terminaux ultramodernes d’Extrême-Orient de surpasser les plates-formes aéroportuaires mondiales que sont Londres, Atlanta, New York, Francfort ou Paris. Pékin et Tokyo restent isolés parmi les dix premiers. N’empêche: depuis 2008, un milliard d’habitants, sur les sept que compte la planète terre, né et grandit dans les bidonvilles urbains. Ils seront rejoints, d’ici à 2050, par 2 milliards d’individus supplémentaires selon l’ONU.

Cauchemar urbain?

L’urbanisation, surtout, reste le défi des prochaines décennies. La période 2000-2015 n’aura été qu’un avant-goût. Voici venue l’heure des mégapoles africaines, sur un Continent noir où, d’ici à 2040, plus de la moitié de la population sera citadine. Quelque 400 millions d’Africains vivaient en ville en 2009. Ils seront un milliard dans vingt ans, amenant Lagos et Kinshasa à surpasser Los Angeles et Pékin. L’alerte rouge démographique, dans une bande qui va de l’océan Atlantique à l’océan Indien, accouchera-t-elle d’un cauchemar urbain? La question, à l’heure de la jonction funeste des réseaux terroristes et de la criminalité organisée, a de quoi hanter les pires prévisions géopolitiques.

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