Algérie

L'Algérie pleure son opposant historique Hocine Aït-Ahmed

Décédé en Suisse, Hocine Aït-Ahmed, l'un des pères de l'indépendance, a été enterré vendredi dans son village natal de Kabylie. Les funérailles ont été dignes d'un chef d'Etat

L’opposant algérien Hocine Aït-Ahmed, l’un des pères de l’indépendance, a été enterré vendredi dans son village natal de Kabylie au cours de funérailles dignes d’un chef d’Etat et suivies par des dizaines de milliers de personnes.

Une foule compacte a accueilli le corps de cette grande figure exilé pendant près d’un demi-siècle à son arrivée dans le village qui porte le même non que lui, au milieu des collines à 160 km au sud-est d’Alger.

«Assa azeka, Dda Hocine yella yella» («Aujourd’hui et demain, Hocine restera vivant») et «Djazaïr horra, dimoqratiya» («Algérie, libre et démocratique»), a-t-elle scandé en kabyle et en arabe au passage de l’ambulance transportant la dépouille. Des dizaines de milliers de personnes se sont rendues dans le petit village depuis l’annonce le 23 décembre du décès de Hocine Aït-Ahmed à l’âge de 89 ans à Lausanne, des suites d’une longue maladie.

Arrivé du cercueil à Alger depuis la Suisse, 1er janvier 2016. RAMZI BOUDINA

Sa dépouille a été rapatriée jeudi à Alger où l’ensemble du gouvernement lui a rendu hommage. Le président Abdelaziz Bouteflika, lui-même vétéran de la guerre d’indépendance, a décrété un deuil national de huit jours tandis que le Premier ministre Abdelmalek Sellal s’est déplacé pour assister à l’enterrement.

Il avait refusé un cimetière de personnalités

Selon la presse, l’opposant aurait refusé d’être inhumé au cimetière officiel d’El Alia à Alger, où sont enterrés cinq chefs d’Etat et de grandes figures de la résistance face à la puissance coloniale française qui a occupé l’Algérie pendant près d’un siècle et demi, de 1830 à 1962.

Au village d'Hocine Aït-Ahmed, 1er janvier 2016. FAROUK BATICHE

Aït-Ahmed a préféré reposer pour l’éternité tout près du petit mausolée où est enterrée une partie de sa famille, en particulier son aïeul Cheikh Mohand Oulhoucine, poète et maitre soufi décédé en 1901 et toujours révéré dans la région.

Des funérailles retransmises

Les funérailles ont été retransmises en direct par la télévision nationale, ce qui tranche avec le sort de celui qui a été souvent malmené par les médias officiels en raison de son opposition au régime.

Aït-Ahmed était le dernier survivant des neuf «fils de la Toussaint», les chefs qui ont déclenché la guerre d’Algérie contre la puissance coloniale française le 1er novembre 1954.

Devenu opposant inflexible, il a refusé de prendre la présidence offerte en 1992 par les généraux qui ont annulé les résultats des premières élections législatives pluralistes du pays, a révélé cette semaine un ancien haut dirigeant. Les militaires entendaient barrer la route du pouvoir aux islamistes qui avaient remporté le scrutin. «Ni Etat policier ni Etat intégriste», était son crédo dans la décennie de guerre civile.

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