Vœux

Entre François Hollande et Angela Merkel, le fossé de l'ambition et des migrants

Entre les vœux du président français et ceux de la chancelière allemande, la différence de ton et de message est patente. D’un côté, la protection de la nation. De l’autre, le difficile pari de l’ouverture. Analyse

L’un est le président d’un pays assommé et en danger qui, avant de parler de ses ambitions pour 2016, a rendu hommage aux victimes des attentats et annoncé que la France n’en avait pas fini avec la menace terroriste. L’autre est la Chancelière d’un pays toujours en forme économique, traversé par le doute, mais capable selon elle d’affronter avec ambition le défi persistant de la crise européenne et celui des migrants, dont l’accueil en Allemagne va demander «du temps et de la force, notamment en ce qui concerne l’intégration de ceux qui vont rester durablement ici».

Un fossé séparait, jeudi soir 31 décembre, les vœux télévisés de François Hollande et ceux d’Angela Merkel. Protection et promesses sociales à destination de la jeunesse pour le premier, défis immédiat et mise en garde morale de l’autre, lorsque la seconde a exhorté ses compatriotes «à ne pas suivre ceux qui, le cœur froid ou plein de haine, se réclament seuls de l’identité allemande et veulent exclure les autres».

Les mots, le style, le message: guère de convergences, jeudi, entre les deux dirigeants supposés former un «couple franco-allemand» qui continue d’indiquer le cap à une Union européenne susceptible en 2016, d’affronter son épreuve de vérité la plus grave depuis sa création, avec le référendum promis par David Cameron sur le maintien ou non du Royaume Uni en son sein.

François Hollande: l’Etat qui assiste

Coté Français, l’accent mis sur l’émotion et sur l’agenda strictement politique des mois à venir, avec le projet de réforme de la constitution en vue de «légaliser» le recours à l’Etat d’urgence en cas de crise majeure, et le projet très controversés de déchoir de leur nationalité Française les binationaux condamnés définitivement pour leur implication dans des actes terroristes.

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Une posture surtout: celle du président-protecteur, qui dit droit dans les yeux à ses concitoyens «je suis fier de vous» alors que ces derniers, selon les sondages publiés avant les fêtes, ne sont que 27% à lui accorder leur confiance. Une référence constante surtout: l’Etat. L’Etat qu’il faut consolider, via l’amendement proposé de sa loi fondamentale. L’Etat qui assiste, via la proposition de «généraliser le service civique pour les jeunes» ou d’offrir «de nouvelles aides pour l’embauche» aux petites et moyennes entreprises. Le couple Etat et Nation surtout, sans un mot pour s’inquiéter des éventuels dérapages sécuritaires de l’Etat d’urgence actuellement en vigueur en France jusqu’au 26 février, après avoir rappelé que la France, le 13 novembre, a de nouveau été victime d'«actes de guerre» qui justifient dès lors sa riposte militaire.

Angela Merkel: un sous-titrage en arabe et en anglais

Coté allemand, une attitude inverse: celle de la responsabilité collective illustrée par une phrase: «Il y a rarement eu une année où nous avons été autant mis au défi de mettre nos paroles en accord avec nos actes» et cette formule répétée depuis des mois par Angela Merkel qui, début décembre, continuait de jouir de la confiance de 56% à 67% de ses concitoyens selon différents sondages. A la tête du gouvernement depuis 2005, la chancelière venue de l’est a même laissé la télévision publique faire preuve d’une une audace impensable dans une France où le Front National a confirmé aux dernières élections régionales sa place de premier parti du pays, avec 28% des suffrages: le sous-titrage de ses vœux en arabe et en anglais. Pas une référence à l’Etat dans son texte mais, comme l’écrit le quotidien français La Croix, un éloge de l’Allemagne, de son «économie robuste et innovante», dont les citoyens doivent «avoir confiance en eux, être libres, humanitaires et ouverts au monde».

Gestuelle martiale contre bouquet de fleurs

Certes, François Hollande n’a pas endossé le costume de protecteur sans nuances. «L’avenir de la France n’a jamais [été] dans le repli, la fermeture, la discrimination ou la nostalgie» a affirmé le locataire de l’Elysée, dont la gestuelle, debout derrière son pupitre, se voulait à l’évidence plus martiale que celle de la chancelière, assise presque tranquillement derrière un bouquet de fleurs. A la tonalité anxiogène du discours présidentiel français centré sur les menaces et sans un mot sur l’accueil massif du million de migrants arrivé en Europe en 2015, Angela Merkel a répondu par un horizon des possibles. Sans même mentionner par exemple l’attentat apparemment déjoué le soir de la Saint-Sylvestre par la police à Munich.

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Pas étonnant dès lors que, dans sa chronique radio matinale sur Europe 1, l’ancien député européen franco-allemand Daniel Cohn Bendit se soit engouffré dans la brèche vendredi matin, faisant le «rêve magique» qu’un jour, les deux dirigeants français et allemands puissent enfin dialoguer et parvenir à se comprendre. Au-delà des événements et des situations respectives dans les deux pays les plus importants de la zone euro, et de la fébrilité palpable, mais compréhensible, d’un François Hollande logiquement ébranlé par «l’année terrible de violence qu’a été 2015», les différences de perception et de vues dans le couple franco-allemand laissent peu de place à un horizon politique vraiment commun. Un défi de plus, en 2016, pour une Union européenne en mal d’ambitions et d’horizon, qui doit encore et toujours convaincre ses 500 millions de ressortissants que leur avenir politique et économique restera meilleur ensemble.

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