Vivre ensemble

En 2015, les actes de violence islamophobes ont triplé en France

Le nombre voitures incendiées à la Saint-Sylvestre a nettement baissé. Celui des violences anti-musulmans a, tout eu long de l'année, considérablement augmenté.

Le communiqué du ministère français de l'intérieur a pris, vendredi 1er janvier, les allures d'un bulletin de félicitation aux forces de l'ordre d'autant plus vigilantes, il est vrai, que la France est toujours en état d'urgence: 804 véhicules incendiés pour la Saint-Sylvestre contre 940 au 1er janvier 2015, et 622 interpellations contre 308 il y a un an. Dans l'hexagone où les violences de fin d'année ont finit par apparaître presque normales, la statistique peut être lue de deux façons. D'abord comme la preuve d'un problème récurrent de violence urbaine qui n'est sans doute pas sans lien, dans les quartiers sensibles, avec les départs de jeunes français musulmans pour combattre en Syrie et en Irak dans les rangs de l'Etat islamique (plus de 1500 auraient cherché à s'y rendre depuis le début du conflit , et un tiers s'y trouveraient encore). Ensuite comme la confirmation que cette violence s'est installée dans le paysage, vu le peu de réactions suscité par ce chiffre de voitures brûlées dont la France détient, avec le Royaume Uni, le record européen.

Triplement des violences islamophobes 

Un autre chiffre, toutefois, est encore plus problématique dans le contexte actuel de l'aprés attentats du 13 novembre, et à quelques jours du premier anniversaire des attaques contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher: celui du triplement des actes de violence islamophobes en 2015. Selon la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, plus de 400 actes de violence contre des lieux de culte ou de réunion musulmans ont eu lieu en 2014, contre 133 en 2013. Un phénomème commenté ainsi sur les ondes de Radio France Internationale par Gilles  Clavreul, son responsable: «Ça veut dire des tags, des dégradations perpétrées contre des lieux de culte, des têtes de cochons déposées devant les mosquées, des agressions verbales voire physiques d’hommes et de femmes musulmanes ou supposés tels, puisqu’on a constaté – on le voit beaucoup sur les réseaux sociaux – une libération de la parole raciste ». La France compte entre cinq et six millions de musulmans pour une population de 66 millions.

La violence antisémite demeure encore plus fréquente 

La violence antisémite, surtout verbale, demeure encore beaucoup plus fréquente selon l'organisme, qui a recensé plus de 850 actes de ce type, alors qu'ils étaient moins d'une centaine par an au début des années 2000. Ces chiffres sont ceux tirés des plaintes déposées auprés de la police. Ils ont évidemment un lien direct avec les événements terroristes de l'année 2015. Au lendemain des attentats du 13 novembre, plusieurs organisations musulmanes françaises s'étaient alarmées d'une telle dérive. L'observatoire national contre l'islamophobie avait, lui, listé 330 actes de violence, et mis en garde contre la propagation de la «cyber-haine» sur internet. La dernière illustration de ces flambées de violence anti-musulmans ont été les descentes organisées à Ajaccio (Corse) contre des quartiers d'immigrés, en rétorsion contre des agressions commises contre des pompiers. 

Dans ses voeux du 31 décembre marqués par le terrorisme, François Hollande a rappelé que l'Etat protégera le droit des citoyens à pratiquer la religion de leur choix. Deux mosquées récemment construites suscitent aujourd'hui une forte opposition locale: celle de Fréjus (Var), municipalité dirigée par le Front National, dont le parquet a demandé la destruction pour des raisons de permis de construire non conforme, et celle de Bischwiller (Bas Rhin), qui fait l'objet de vives protestations. Preuve de la tension ambiante, un automobiliste a foncé vendredi sur des soldats en faction devant la mosquée de Valence, les amenant à utiliser leurs armes. Les motifs de cette agression restent à éclaircir. 

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