France

Manuel Valls, l'homme qui fera ou ratera 2016

Le premier ministre Français a imprimé sa marque sur la fin d'année, diabolisant l'extrème-droite et imposant son discours sécuritaire. Au risque de faire imploser son camp. 

La «malédiction de Matignon» emportera-t-elle aussi Manuel Valls ? Le mauvais sort électoral et politique s'acharnant d'ordinaire en France sur les anciens chefs du gouvernement, l'actuel premier ministre va en tout cas devoir lutter pour y échapper en 2016. 

Sur le papier, Manuel Valls, 53 ans, fils naturalisé français d'un artiste peintre catalan et d'une mère tessinoise, a de belles cartes en main. Sa relative jeunesse et sa réputation de fermeté, combinée avec son goût de l'ouverture au centre, conviennent plutôt à un pays traumatisé par la violence terroriste de 2015, où trois électeurs sur quatre disent être favorables à une «union nationale"», et ne pas souhaiter que François Hollande et Nicolas Sarkozy se présentent de nouveau à la présidentielle de mai 2017. Dans les faits en revanche, difficile d'imaginer aujourd'hui pour lui un autre avenir que celui d'ancien locataire de l'hôtel Matignon, entre un Chef de l'Etat trés impopulaire, mais apparemment bien décidé à retourner devant les urnes, et un Parti socialiste parti pour imploser si le discours du gouvernement devient trop «droitier»...

La preuve de ce dilemne est la proposition de déchoir de leur nationalité les binationaux nés français et condamnés définitivement pour actes ou complicité de terrorisme. François Hollande, qui l'avait émise dans la foulée des attentats du 13 novembre, dans le contexte de son projet de réforme constitutionnelle pour légaliser le recours à l'Etat d'urgence, semblait prêt à l'abandonner devant l'opposition de la gauche et les critiques des magistrats qui jugent une telle mesure inappropriée, parce que peu applicable.

A quoi bon en rajouter en plus, alors qu'une telle déchéance est déjà possible pour les individus naturalisés Français ? Las. Le premier ministre, furieux que sa controversée Garde des sceaux Christiane Taubira ait annoncé prématurément le retrait de la mesure, a exhorté le président à tenir bon à quelques jour du premier anniversaire de l'attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier. Sauf qu'au PS déjà divisé, cette remise en cause du droit du sol ne passe pas, et que la majorité parlementaire nécessaire pourrait s'évaporer à partir de la rentrée parlementaire le 19 janvier: «Au moins une centaine de députés (sur les 287 socialistes) sont prêts à voter contre confie-t-on au PS. Valls est en train d'allumer l'incendie moral».

La remarque sur les émois socialistes peut faire sourire dans un pays qui compte 3,8 millions de chômeurs (670 000 de plus qu'au début du quinquennat Hollande), et où l'on s'apprête à juger, en février, l'ancien ministre PS du budget Jérôme Cahuzac pour fraude fiscale, en raison de son compte en Suisse puis à Singapour, dont il avait nié l'existence devant l'assemblée. On pourrait ironiser, aussi, sur la ministre de la justice Christiane Taubira, défenseure du droit du sol, connue pour être proche de la gauche du PS alors que sa candidature à la présidentielle de 2002 (2,3%) avait contribué à faire chuter le premier ministre socialiste sortant Lionel Jospin au premier tour, ouvrant la voie au face à face Le Pen-Chirac. N'empêche: si comme on le dit, l'intéressée pourrait rapidement quitter le gouvernement, avant de défendre fin janvier son projet de loi sur la justice au 21ème siècle, la blessure sera ouverte. 

Le problème est que Manuel Valls reste mal-aimé dans son parti et n'a pas décollé dans l'opinion depuis sa nomination en avril 2014. Sa candidature aux primaires présidentielles du PS, à l'automne 2011, s'était soldée par un trés maigre 6%. Sa cote de popularité d'environ 35% est certes supérieure de dix points à celle de François Hollande, mais loin derrière un autre homme d'ouverture: l'ancien premier ministre gaulliste Alain Juppé, fort de 55% d'approbations. S'y ajoute la maigreur de son bilan économique, qui aurait dû être son point fort. La loi la plus emblématique est celle, limitée, qu'a défendu son ministre Emmanuel Macron, et les annonces d'une réforme du code du travail, ou d'une seconde «loi Macron» sur la libéralisation attendent de sortir des cartons. 

Plus grave encore pour Manuel Valls:  la place du socialiste français rénovateur, émule de Blair ou de Schröder, est maintenant occupée justement...par Emmanuel Macron, 38 ans, perçu comme plus proche de l'économie numérique de demain. «Une seule hypothèse pourrait remettre Valls en selle pronostiquait fin 2015 l'éditorialiste politique Michèle Cotta: que François Hollande décide de ne pas se représenter et l'adoube officiellement comme le meilleur candidat». Sauf que personne ne voit le président sortant faire cela. Et que l'appel pour de nouvelles primaires à gauche, déjà demandées par beaucoup, serait sans doute alors impossible à refuser.  

Publicité