Un an après

7 janvier 2015, premières failles policières

Les ratés policiers sont évoqués depuis un an

C’est l’information la plus perturbante, un an après l’attentat contre Charlie Hebdo du 7 janvier, et celui contre l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes, deux jours plus tard. Selon le quotidien français «Le Monde», Amedy Coulibaly, auteur du second attentat et délinquant endurci passé à l’islam radical, pourrait avoir fourni les armes utilisées par les frères Kouachi pour massacrer la rédaction du journal satirique.

La preuve serait donc apportée que les liens entre les tueurs, qui s’étaient rencontrés en prison, étaient ténus. Ils pourraient avoir eu le même commanditaire ou donneur d’ordres, basé en Syrie. Deux noms sont évoqués par «Le Monde»: celui de Peter Cherif, ancien de la filière des Buttes Chaumont, rajouté en septembre par les américains sur leur liste des terroristes les plus recherchés, et Salim Benghalem, qu’une frappe aérienne française sur le fief de l’Etat islamique de Raqqa (Syrie) aurait visé en octobre. Sans réussite apparente.

Ces zones d’ombre de l’enquête confortent la thèse des failles policières dans le suivi des trois assassins, tués par les forces de l’ordre après avoir fait dix-sept victimes. Considérés en 2012 comme «très dangereux» par les services de renseignement, au point que Saïd est alors inscrit sur la liste noire des terroristes aux Etats-Unis et qu’ils sont placés 15 mois sur écoutes téléphoniques, les deux frères Kouachi disparaissent ensuite des radars policiers en 2013. Au moment où ils commencent à fréquenter Amedy Coulibaly…

Deux thèses s’opposent dès lors: soit leur habileté à ne pas attirer l’attention policière – Coulibaly était il est vrai considéré avant tout comme un gangster – soit les conséquences des changements de pratiques et de hiérarchie suite à l’alternance présidentielle de 2012. «On a perdu beaucoup de temps» a plusieurs fois déclaré l’ancien patron (très sarkozyste) du renseignement intérieur, Bernard Squarcini. Les policiers, à l’époque, se trouvaient par ailleurs mobilisés sur l’affaire Mohamed Merah, tué lors de l’assaut à Toulouse en mars 2012 après avoir tué sept personnes, dont trois enfants juifs.

Autre reproche fait par les familles des victimes dont Marlyse Wolinski, femme du défunt dessinateur dans son livre «Chéri, je vais à Charlie» (Ed. Seuil): l’absence de protection policière permanente en bas de l’immeuble du 10, Rue Appert, ou à proximité, supprimée au début 2013, sept ans après la première publication des caricatures de Mahomet dans le journal, le 7 février 2006. L’excellent récit détaillé publié par les Editions Les Arènes «Et soudain, ils ne riaient plus» raconte bien comment le commissariat du 11ème arrondissement a été informé par les appels des survivants à Police Secours. «Les ondes étaient encombrées. Les appels ne passaient pas». On connaît la suite tragique…

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