Europe

Stupeur en Allemagne après les agressions sexuelles de la Saint-Sylvestre

Plus de 90 femmes ont porté plainte pour harcèlement devant la gare de Cologne. La description des agresseurs – de type maghrébin ou arabe – provoque le malaise dans le pays

Les descriptions des victimes et des témoins sont unanimes… Dans la nuit de la St Sylvestre, sur le parvis de la cathédrale et devant la gare de Cologne, des scènes inédites de harcèlement se sont répétées une centaine de fois, suscitant la stupeur et la colère dans le pays. Plus de 90 femmes ont porté plainte depuis, pour vol et agression sexuelle, une pour viol. Toutes ont raconté avoir été encerclées par des groupes d’une dizaine à une vingtaine de jeunes hommes aux environs de la gare. Les agresseurs, âgés de 15 à 35 ans et d’apparence maghrébine ou arabe selon les victimes, se sont livrés à des attouchements, avant de voler portable ou sac à main. Des scènes similaires se sont également produites à Hambourg (une douzaine de plaintes) et Stuttgart. «Nous avons affaire à une forme de criminalité organisée d’un type inédit», s’inquiète le président de la police de Cologne, sous pression. La presse allemande reprochait mardi aux forces de l’ordre d’avoir dissimulé pendant plusieurs jours l’ampleur des faits.

Angela Merkel «outrée»

L’affaire provoque une vive émotion en Allemagne. Angela Merkel s’est dite hier «outrée par ces agressions abjectes et ces attaques à caractère sexuel», exigeant «une réponse sans faille de l’Etat de droit. Nous devons tout mettre en œuvre pour retrouver les coupables sans délai, et les punir sans égard pour leur apparence, leurs origines ou leur histoire personnelle», a précisé son porte-parole Steffen Seibert. Comme lui, la plupart des commentateurs, sans les citer, semblent associer les agressions à la vague de demandeurs d’asile entrés en Allemagne depuis la fin du mois d’août. «Les agresseurs doivent être punis avec la plus grande sévérité, exige la Verte Katrin Göring-Eckardt. On ne doit leur trouver aucune excuse. Il ne doit pas y avoir de zones de non-droit en Allemagne, peu importe que les agresseurs soient allemands, étrangers ou demandeurs d’asile.»

Lire aussi: «L’Allemagne choquée par de nombreuses plaintes pour agressions sexuelles»

Les agressions de la St Sylvestre provoquent un vif malaise dans le pays, alors que de plus en plus d’Allemands s’inquiètent de l’arrivée massive de réfugiés en provenance de Syrie, d’Irak et du Pakistan. L’Allemagne a accueilli un million de demandeurs d’asile en 2015 et la politique de la porte ouverte aux Syriens décrétée par Angela Merkel début septembre se heurte désormais à de vives résistances.

Le fait que des personnes d’origine étrangère soient associées à ces faits ne doit pas conduire à ce que les réfugiés soient systématiquement soupçonnés

Mardi, le mouvement islamophobe Pegida et le petit parti d’extrême droite AfD n’hésitaient pas à faire l’amalgame. La politicienne Frauke Petry, présidente du parti, dénonçait «des agressions rappelant la situation d’absence de droit qui régnait en Allemagne à la fin de la guerre». Jusqu’à un million de femmes avaient alors été victimes de viols de la part des occupants soviétiques.

Des faits encore à éclaircir

Il est encore difficile de reconstituer avec précision les faits de la nuit de jeudi à vendredi, à Cologne. Selon la police, un millier de jeunes, pour la plupart des hommes ivres, se sont mis à jeter des pétards et des feux d’artifice dans la foule depuis le sommet des marches du parvis peu après minuit, provoquant une première intervention des forces de l’ordre. «Les hommes se sont alors dispersés dans le noir en petits groupes», selon la police. C’est à ce moment, entre minuit et 4 heures du matin, que se seraient produites la plupart des agressions.

À sa descente du train régional, Anna, 27 ans, prend peur: «La place était pleine, presque que des hommes, quelques femmes apeurées, que tous dévisageaient. J’avais l’impression d’être au marché aux bestiaux! Presque aussitôt, j’ai senti une première main sur mon jean. Je me suis accrochée à mon ami, et nous avons pris la fuite…» «On ne peut pas parler de 1000 agresseurs, tente de rassurer la police de Cologne. Mais il est certain que les agresseurs se trouvaient parmi ce groupe d’un millier de jeunes hommes d’allure étrangère.»

Le gouvernement tente aussi de rassurer. «On ne peut accepter que des personnes fêtant pacifiquement la nouvelle année soient exposées à de telles agressions, insiste le ministre de l’Intérieur, Thomas de Maizière. Mais le fait que des personnes d’origine étrangère soient associées à ces faits ne doit pas conduire à ce que les réfugiés soient systématiquement soupçonnés.» L’affaire montre à quel point le débat politique est crispé autour de la question des réfugiés.

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