L'EXPLICATION

Quelles sont les différences entre une bombe A et une bombe H?

La Corée du Nord clame tester la bombe H après des séries précédentes d’essais de la bombe A. Les technologies des deux engins diffèrent mais sont tout autant complexes

Un mois après son quatrième essai nucléaire, le régime nord-coréen a procédé dimanche à un tir de fusée. La Corée du Nord avait déclaré le mercredi 6 janvier avoir mené un essai nucléaire d’une bombe thermonucléaire dite bombe à hydrogène ou bombe H, alors que ses séries de tests précédents concernaient une bombe A. Les experts émettent des doutes face à l’annonce de Pyongyang. Qu’est-ce qui différencie ces engins explosifs?

La bombe A a été la première à être développée au milieu du XXe siècle et la seule à avoir été utilisée, en 1945, par l’Armée américaine au Japon. Elle tire sa puissance destructrice de l’énergie issue de la fission nucléaire. Cette énergie est fournie par une réaction en chaîne de dégradation des noyaux d’atomes radioactifs lourds, l’uranium 235 et le plutonium 239. L’uranium est soit extrait de mines naturelles, soit issu d’usines de retraitement des déchets de réacteurs civils, comme le plutonium, puis enrichi. Leur production est difficile et coûteuse.

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Deutérium et tritium pour la bombe H

Aujourd’hui, la grande majorité des armes nucléaires aux mains des cinq grandes puissances russe, américaine, française, britannique et chinoise sont des bombes thermonucléaires. Elles fonctionnent grâce à la fusion des noyaux d’atomes très légers, le deutérium et le tritium, qui sont deux isotopes de l’hydrogène. Le deutérium est une ressource peu coûteuse et quasi inépuisable: il s’obtient par la distillation d’eau douce ou d’eau de mer. Par contre, le tritium se dégrade très rapidement et il n’est présent dans la nature qu’à l’état de traces. C’est pourquoi, un autre composé plus répandu, le lithium, est utilisé comme combustible des bombes thermonucléaires, en fournissant le tritium par bombardement de neutrons.

La fusion n’a pas lieu spontanément et requiert des conditions de température extrêmement élevées. Dans les années 40, des physiciens ont eu l’idée de recourir à la température dégagée par une bombe A, plus de cent millions de degrés, pour lancer la réaction de fusion de la bombe H. Celle-ci contient donc au moins deux compartiments: le premier similaire à une bombe A, génère la chaleur nécessaire à la fusion des isotopes d’hydrogène situés dans un deuxième compartiment. On estime qu’à poids et taille égale, la puissance de destruction d’une bombe H est de l’ordre de plusieurs mégatonnes d’équivalent TNT, soit environ 1000 fois supérieure à une bombe A.

Grande puissance dans un petit volume

«Le but de la bombe H est de créer une bombe tout aussi puissante que la bombe A mais qui tiendrait dans une ogive beaucoup plus petite, afin de la monter sur un missile et de la transporter facilement», explique Jean-Marie Collin, chercheur expert du nucléaire au sein du Groupe pour la recherche et l’information sur la paix et la sécurité (GRIP) en Belgique.

Une troisième option pour obtenir un engin explosif très puissant consiste à fabriquer une bombe dite «A dopée» qui correspond à une bombe A à laquelle on ajoute quelques atomes de deutérium ou de tritium, pour augmenter sa capacité de destruction.

Les essais nucléaires ont lieu en général dans l’atmosphère ou, comme c’est le cas en Corée du Nord, sous terre. Lorsque la bombe explose, l’énergie libérée génère un tremblement de terre. Mercredi un séisme de magnitude 5,1 a été mesuré par plusieurs pays, ce qui est trop faible selon les experts pour affirmer qu’il s’agisse d’une bombe H en pleine puissance.

Bombes A et H: une technologie compliquée

La fabrication d’une bombe H est – heureusement – comme pour la bombe A d’une grande difficulté du point de vue technologique. «La fourniture en matériel est compliquée et coûte extrêmement cher, explique Jean-Marie Collin. Il faut aussi être capable de réaliser beaucoup d’essais avant de maîtriser pleinement la bombe H.»

Par exemple, les États-Unis ont mené près d’un millier d’essais au total et 210 pour la France. Posséder la technologie de la bombe A – en particulier être capable d’enrichir l’uranium et le plutonium – et mener des essais sont les étapes préliminaires à l’élaboration d’une bombe H, selon le chercheur français. Le pas suivant est celui de la miniaturisation de la bombe afin de la placer dans un missile, une capacité que pourrait avoir la Corée du Nord mais qui reste à confirmer d’après les observateurs.

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