Désarmement

Le monde est démuni face au chantage nucléaire nord-coréen

La Corée du Nord affirme avoir procédé mercredi à l’essai d’une bombe thermonucléaire, ce qui serait une première. La marge de manœuvre face à la fuite en avant de Pyongyang est très mince

Il est 2h30 du matin mercredi en Suisse lorsque les stations internationales détectent un événement sismique inhabituel dans le nord-est de la Corée du Nord. Dans la foulée, le régime de Pyongyang annonce avoir procédé à l’essai d’une bombe à hydrogène miniaturisée. Une arme encore plus terrifiante que les bombes atomiques larguées par les Américains sur les villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki à la fin de la Seconde guerre mondiale. C’est le quatrième essai nucléaire de la Corée du Nord depuis celui de 2006, qui avait signé son entrée fracassante dans le club des puissances nucléaires. Si ce test de la bombe H était avéré, cela signifierait un saut technologique considérable du programme nucléaire nord-coréen. Et une nouvelle étape dans la fuite en avant du régime totalitaire de Kim Jong-Un. Les deux experts, que nous avons interrogés, sont divisisés sur l’état de développement de l’arsenal de Pyongyang. Mais unanimes sur le peu d’options à disposition de la communauté internationale malgré le concert de condamnations.

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Les affirmations de la Corée du Nord sont-elles crédibles?

Une chose est certaine: l’essai de mercredi a provoqué une secousse bien plus grande – 5,1 sur l’échelle de Richter – que les trois précédents. Comme auparavant, le test était souterrain, limitant ainsi les émanations de radioactivité. Malgré la puissance supposée du test, François Heisbourg, conseiller spécial de la Fondation pour la recherche stratégique à Paris, n’en déduit pas pour autant qu’il s’agissait d’une bombe H: «La Corée du Nord n’a pas la base industrielle et technologique pour concevoir un tel engin. Aucun pays n’a réussi à atteindre ce stade après si peu d’essais nucléaires. Comme il est peu probable qu’un Etat tiers ait fourni une aide décisive, je penche plutôt pour une bombe A améliorée».

Spécialiste du désarmement au Geneva center for security policy (GCSP), Marc Finaud pense que les affirmations nord-coréennes sont crédibles: «Il y a encore des zones d’ombre mais on sait parfaitement que la Corée du Nord cherche par tous les moyens à développer son arsenal nucléaire. Lorsqu’elle aura réussi à miniaturiser ses bombes pour équiper des missiles à longue portée, elle disposera d’une réelle capacité de dissuasion». «Si rien n’est fait, c’est une question d’années», estime pour sa part François Heisbourg.

Quelles sont les implications géopolitiques?

L’équation nord-coréenne n’est pas fondamentalement modifiée, même si l’explosion de mercredi rappelle l’urgence du défi nord-coréen. «La stratégie de Pyongyang est limpide: continuer de faire chanter la communauté internationale. Cela avait très bien marché après les premiers essais, puisque Pyongyang avait obtenu une coopération dans le nucléaire civil et une aide alimentaire», décrypte Marc Finaud. Or, aujourd’hui, les pourparlers à six, avec la Corée du Sud, le Japon, la Chine, les Etats-Unis et la Russie sont au point mort. «Malgré ce chantage, je ne vois pas d’autre solution que de revenir à la table des négociations», poursuit cet ancien diplomate français.

«On peut continuer encore longtemps de négocier, rétorque François Heisbourg, jusqu’au jour où la Corée du Nord aura des missiles balistiques à tête nucléaire». Il reconnaît toutefois que l’option militaire n’en est pas une, Séoul, la capitale sud-coréenne, se trouvant à une dizaine de kilomètres de la zone démilitarisée séparant les deux Corée. Entre les deux options, il reste le renforcement des pressions. La seule puissance à pouvoir faire entendre raison à la Corée du Nord est la Chine. «C’est le dernier pays qui commerce avec Pyongyang. Durcir les sanctions économiques sans la Chine serait une plaisanterie», avance François Heisbourg. «La Chine est prudente. Elle ne veut pas acculer son voisin. Cela serait prendre le risque de provoquer l’effondrement du régime et voir des millions de Nord-coréens traverser la frontière», complète Marc Finaud.

Quels sont les risques de prolifération nucléaire?

De l’avis des deux spécialistes, les risques de prolifération ne vont pas augmenter avec ce nouvel essai nucléaire. «La Corée du Nord ne dispose probablement que de quelques prototypes de bombes atomiques, quel que soit leur modèle. Elle n’a donc pas le luxe d’en vendre», estime Marc Finaud. En revanche, le pays est exsangue et ne recule devant rien pour quelques devises. Dans les années 1990, les scientifiques nord-coréens ont collaboré avec le docteur Abdul Qadeer Khan, le père de la bombe atomique pakistanaise et au cœur d’un vaste trafic de matériel nucléaire. «L’isolement de la Corée du Nord limite les risques», analyse François Heisbourg. Mis à part les liens avec la Chine, rares sont les vols et les liaisons maritimes avec l’Etat paria. La coopération avec Pékin est d’autant plus importante. La Russie partage aussi un bout de frontière avec la Corée du Nord. «Pour une fois, les Russes sont sur la même longueur d’onde que les Occidentaux», se réjouit François Heisbourg

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