Amérique centrale

Ouverture d’un «corridor humanitaire» pour les migrants cubains

Huit mille Cubains bloqués au Costa Rica seront transférés au Mexique afin de poursuivre leur route vers les Etats-Unis, suite à un accord entre les gouvernements d’Amérique centrale. Le réchauffement des relations entre La Havane et Washington pousse des milliers de Cubains à tenter l’exil

Ils sont plus de 8000 au Costa Rica et environ un millier au Panama: les migrants cubains bloqués en Amérique centrale ont célébré, avec 2016, l’annonce d’une solution à la crise provoquée par leur affluence dans la région. Les obstacles dressés sur leur route vers les Etats-Unis semblent s’aplanir. Les gouvernements de la zone peaufinent ces jours-ci les derniers détails d’un accord exceptionnel qui permettra aux Cubains de traverser leurs territoires, après plus d’un mois de dissensions. En novembre, lorsque le gouvernement du Costa Rica avait décidé d’accorder des visas de transit aux Cubains, le Nicaragua voisin avait fermé sa frontière. Le Guatemala et le Bélize avaient embrayé sur une position similaire: pas question d’appliquer un traitement différencié à ces migrants parce qu’ils sont Cubains. Une série de réunions infructueuses entre les gouvernements de la région eut lieu, le Costa Rica dénonçant le manque de solidarité de ses voisins.

Le 27 décembre, le pape François, dans une allocution depuis la place Saint-Pierre à Rome, avait qualifié la crise de «drame humanitaire» et exhorté les pays de la région à faire preuve de générosité pour la résoudre. Quelques heures plus tard, une solution commençait à s’ébaucher sous la houlette du gouvernement mexicain, le Guatemala acceptant de tester un plan-pilote ouvrant un «corridor humanitaire» pour les Cubains, avec les garanties qu’ils ne demeurent pas sur son territoire. Un premier groupe, d’environ 250 migrants, devrait être transporté dès cette semaine en avion du Costa Rica jusqu’au Salvador, puis en bus à travers le Guatemala jusqu’à la ville frontalière mexicaine de Tapachula. Le Mexique, pour sa part, accorde aux Cubains l’autorisation de traverser librement son territoire.

Cette crise reflète une recrudescence importante de l’émigration cubaine vers les Etats-Unis, que les spécialistes lient au rétablissement des relations politiques entre La Havane et Washington, en décembre 2014. Le nombre de Cubains qui emprunte l’itinéraire les menant d’Equateur en Amérique centrale, puis du Mexique aux Etats-Unis a littéralement bondi en 2015. Rien qu’au Mexique, les autorités ont enregistré le passage de 9319 Cubains au cours de l’année écoulée, soit cinq fois plus que l’an dernier. L’Equateur, seul pays de la région qui accorde depuis 2008 un visa de résidence permettant aux ressortissants cubains de quitter l’île, leur ouvre un accès à la voie terrestre vers les Etats-Unis, une route contrôlée par les filières de trafic d’êtres humains.

Terre d’accueil de l’exil cubain, les Etats-Unis pourraient revoir cette politique à l’aune de la détente des relations avec le gouvernement de Raul Castro. C’est pourquoi les candidats à l’émigration tentent leur chance massivement, tant que la dénommée «loi d’ajustement» de 1966 accorde encore la résidence immédiate aux Cubains qui foulent le sol américain. La Havane accuse les Etats-Unis, et cette législation jugée hostile, d’être responsables de la crise actuelle, en créant un appel d’air pour l’exil cubain. Fidèle allié du gouvernement castriste, le Nicaragua aurait voulu fermer la route aux migrants cubains désireux de bénéficier de cette mesure.

Juteux trafic migratoire

De son côté, le Costa Rica justifie sa décision d’octroyer des visas de transit aux Cubains dans l’optique de lutter contre les mafias qui exploitent ce juteux trafic migratoire. Les autorités de San José ont récemment arrêté plusieurs personnes au sein des réseaux de trafic de migrants. «Les Cubains actuellement bloqués au Costa Rica sont des victimes de ces réseaux, explique Montserrat Carboni, médiatrice nationale pour la défense des citoyens du Costa Rica. C’est pour cela que nos autorités veulent s’assurer qu’ils peuvent, de manière exceptionnelle, traverser légalement, justement pour ne pas nourrir ces filières illégales.»

Le Costa Rica appelle les pays de la région à mettre en place une politique migratoire intégrée pour lutter contre le trafic de migrants à traver le continent, au-delà des solutions ponctuelles et urgentes, comme celle apportée à la crise des migrants cubains.

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