Genève

Une conférence internationale pour trouver des places d’accueil aux Syriens

Le nouveau haut-commissaire aux réfugiés, l’Italien Filippo Grandi, veut alléger le fardeau de réfugiés qui pèse sur les pays voisins de la Syrie. Une conférence internationale sera organisée à Genève le 30 mars

«Il faudra que les Etats viennent avec des engagements concrets pour offrir des places d’accueil aux réfugiés syriens». Pour ses premiers pas devant la presse, le nouveau Haut-commissaire de l’ONU aux réfugiés, Filippo Grandi, a annoncé jeudi une conférence internationale le 30 mars prochain à Genève pour alléger le fardeau des pays voisins de la Syrie. L’événement sera ouvert par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, pour lui donner plus de solennité.

Prudent, l’Italien se refuse d’articuler un objectif pour le nombre de places qui devraient être promises. «Ce serait fixer une limite pour le succès ou l’échec d’une telle conférence qui sera une première». Mais le Haut-commissaire cite en exemple le Canada, qui a déjà accueilli 10 000 réfugiés syriens et qui s’apprête à en recevoir 15 000 autres ou les Etats-Unis qui ont promis 10 000 places.

«Couper l’herbe sous le pied des trafiquants»

«Nous visons une opération bien plus grande. Cette manière de procéder a l’avantage de couper l’herbe sous le pied des trafiquants d’êtres humains et de se concentrer sur les plus vulnérables, comme les femmes seules avec des enfants ou les mineurs non accompagnés», a expliqué Filippo Grandi. Les pays voisins de la Syrie hébergent 4,1 de millions de réfugiés syriens. En 2015, un million de migrants et de réfugiés sont arrivés en Europe, la moitié d’entre eux venaient de Syrie.

Les pays comme la Turquie, la Jordanie ou le Liban, qui sont «en première ligne» face à l’afflux de réfugiés, seront la priorité de l’Italien, qui a succédé au début de l’année au Portugais Antonio Guterres à la tête du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR). Filippo Grandi avait d’ailleurs commencé sa carrière au sein de l’agence onusienne avant de prendre la tête de l’agence de l’ONU pour l’aide aux réfugiés palestiniens (UNRWA).

Un homme de terrain, donc avec un profil moins politique que son prédécesseur, qui avait été premier ministre portugais. Filippo Grandi s’est toutefois montré très ferme sur la défense des «sacro-saints» principes qui sous-tendent l’action du HCR. «Mon rôle est de s’assurer que les réfugiés puissent demander l’asile lorsqu’ils sont menacés. Il n’est pas question de renégocier la convention de 1951», a-t-il lancé, en réponse au premier ministre danois. La semaine dernière, Løkke Rasmussen proposait de revoir le traité pour empêcher les personnes qui se sont réfugiées dans un premier pays, comme la Turquie, de déposer ensuite une demande d’asile en Europe.

Lire: «Filippo Grandi, un homme de terrain à la tête du HCR»

«Le reste du monde regarde l’Europe»

Le haut-commissaire estime qu’il n’est pas en mesure d’empêcher les pays européens de rétablir leurs contrôles aux frontières, comme l’a fait ces derniers jours le Danemark mais aussi la Suède, jusqu’à présent le pays européen le plus généreux avec l’Allemagne. «C’est un droit souverain des Etats et le HCR n’a pas le pouvoir d’annuler ces décisions, a-t-il concédé. Mais aucun pays ne peut régler seul la crise des réfugiés. Si l’Europe avait une réponse cohérente et coordonnée, ce genre de réaction n’arriverait pas.»

«Le reste du monde regarde ce que l’Europe fait en matière d’asile. Si elle commence à imposer des limitations, ériger des barrières, devenir hostile, je peux vous assurer que le reste du monde suivra», a averti Filippo Grandi, saluant le leadership de la chancelière allemande Angela Merkel. «J’espère qu’elle continuera dans cette voie.»

Selon le nouveau patron du HCR, la crise des réfugiés, la pire qu’ait connue l’Europe depuis la Seconde guerre mondiale, aura au moins eu le mérite d’ouvrir les yeux du vieux continent. «L’Europe accueille 10% des réfugiés dans le monde et nos autres opérations sont largement sous-financées», a-t-il plaidé. Pour subvenir aux besoins des réfugiés dont il avait la charge en 2015, le HCR avait réclamé 7 milliards de dollars. Il en a reçu que la moitié. «Nous nous concentrons sur les activités les plus vitales mais il faut absolument que le monde investisse plus d’énergie pour résoudre les conflits.»

Défis immenses

Près de 60 millions de personnes sont actuellement déplacées par la guerre et les catastrophes naturelles, un chiffre record. Les défis sont donc immenses. Il y a pourtant des cas dans lesquels les gens peuvent rentrer chez eux, veut croire Filippo Grandi. «Je pense à la Côte d'Ivoire et peut-être bientôt à la Colombie si un accord de paix solide est conclu. Trouver des solutions aux déplacements fait aussi partie du mandat du HCR et nous le devons aux déplacés mais aussi aux gouvernements».

Enfin, le nouveau Haut-commissaire s’est voulu rassurant pour Genève. Le HCR, qui emploie 9700 personnes à travers le monde, a déjà opéré plusieurs délocalisations à Budapest et Copenhague. L’objectif est de plafonner les effectifs à Genève à hauteur de 700 employés. Mais il n’est pas question de déplacer le siège du HCR ailleurs qu’en Suisse.

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