Nouvelles frontières

Pékin piégé par Kim Jong-Un

En procédant à un nouvel essai nucléaire, la Corée du Nord met la Chine dans le plus grand embarras

A tout juste 33 ans – il serait né un 8 janvier – Kim Jong-Un peut se vanter d’être le plus jeune chef d’État au monde et le plus inflexible. Du moins si l’on en juge à sa capacité à tenir tête aux deux principales puissances, la Chine et les Etats-Unis, ainsi qu’au reste de la communauté internationale. Depuis l’annonce de l’essai d’une bombe H, il fait l’unanimité contre lui. Seul Al-Bagdadi, le chef de l’organisation Etat islamique, peut se vanter d’en faire autant. Mais il n’est pas un chef d’État.

La Corée du Nord n’a qu’un seul véritable allié: la Chine. Mais depuis mercredi, Pékin ne décolère pas. Selon des sources américaines, Kim Jong-Un a trahi une promesse faite l’automne dernier aux dirigeants chinois de ne plus procéder à ses essais nucléaires. C’est la crédibilité de la Chine, comme acteur responsable de la scène internationale, qui est du coup ternie. Un moindre mal si l’on songe aux deux autres conséquences de cet acte.

Pression sur la Chine à l’ONU

L’agitation nucléaire de Pyongyang renforce d’une part le Pentagone dans ses velléités de parfaire un bouclier anti-missile dans l’est asiatique. Pékin, peut bien accuser Washington d’être la véritable cible de ce déploiement militaire, les Etats-Unis ont beau jeu de rétorquer qu’ils répondent à une demande légitime de sécurité des Etats de la région. C’est d’autre part toute la stratégie de Pékin en vue d’un rapprochement avec la Corée du Sud qui pourrait se gripper. Si la Chine n’est pas capable de réfréner la course aux armements de Kim Jong-Un, Séoul conclura que seul Washington est véritablement digne de confiance pour assurer sa sécurité, comme c’est le cas depuis un demi-siècle. Un fiasco.

La pression sur la Chine sera donc très forte ces prochains jours pour qu’elle se rallie à des sanctions internationales visant l’économie nord-coréenne. Comme elle est quasiment l’unique débouché pour les produits de Pyongyang, l’efficacité de telles mesures dépend essentiellement de sa volonté d’agir ou non. Le fera-t-elle? Pékin va-t-il finir par lâcher la dynastie des Kim dont les nuisances dépassent désormais les avantages apportés à la Chine? On peut en douter.

Les Américains à la frontière

Asphyxier l’économie nord-coréenne dans l’espoir de ramener Kim Jong-Un à la table des négociations est un pari périlleux. Le régime totalitaire de Pyongyang est moins susceptible que tout autre de plier à ce type de manœuvre puisqu’il est insensible au sort de son peuple. Ce serait par ailleurs sanctionner l’économie du nord-est de la Chine qui est de plus en plus imbriquée avec celle de son voisin qui sert d’atelier à bas coûts. Plus fondamentalement, la Chine ne prendra jamais de mesure qui pourrait déstabiliser le régime nord-coréen au risque de le voir s’effondrer. Ce scénario n’est pas envisageable pour les communistes chinois dont la légitimité s’est en partie forgée dans la guerre de Corée. La chute de Pyongyang résulterait en une réunification de la péninsule aux conditions de Séoul. Cela signifie potentiellement que l’armée américaine – toujours présente en Corée du Sud- serait à la frontière chinoise.

Pékin pourrait être tenté de remplacer Kim Jong-Un par un de ses protégés tout en maintenant le statu quo. Mais il est difficile d’imaginer la survie de ce régime sans son dieu, le pouvoir nord-coréen étant de type religieux. Résultat: l’ancien élève bernois pourrait bien tenir tête encore quelque temps aux plus puissants de ce monde.

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