Espagne

La Catalogne se dote ce dimanche d'un gouvernement pour marcher vers l'indépendance

Les deux listes indépendantistes, Junts pel Sí et la CUP, sont parvenues à un accord pour former un exécutif sans Artur Mas, qui se retire de la course. Objectif: la sécession d'avec Madrid, sous la direction d'un nouveau venu, le maire de Gérone, Carlos Puigdemont

Alors que les 10 députés anticapitalistes de la Candidature d'unité populaire (CUP), petite formation d'extrême gauche, refusait de reconduire Artur Mas à la tête du gouvernement, lui reprochant quatre ans de politique d'austérité et la corruption de son parti, les indépendantistes catalans se sont finalment mis d'accord samedi pour former un gouvernement régional qui avance vers la sécession de l'Espagne et éviter de nouvelles élections qui auraient pu leur faire perdre leur majorité.

Les deux listes indépendantistes, Junts pel Sí (Ensemble pour le oui) et la CUP, sont en effet parvenues à «un accord pour former un gouvernement et ne pas aller aux élections», a dit à l'AFP une source au sein du gouvernement de la région du nord-est de l'Espagne. Les indépendantistes avaient remporté la majorité absolue de 72 sièges sur 135 au parlement régional, avec 47,8% des voix, le 27 septembre dernier.

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Ils désigneront donc ce dimanche soir, cent jours après les élections régionales, un nouveau président chargé de conduire à la sécession d'une Espagne qui peine de son côté à se doter d'un nouveau gouvernement pour relever ce défi.

Dans un coup de théâtre de dernière minute, le président régional sortant, Artur Mas, a cédé samedi aux pressions de ses détracteurs et renoncé à briguer un nouveau mandat. Le retrait de sa candidature permet ainsi la formation d'une large coalition, qui va des conservateurs à la gauche anticapitaliste, bien décidée à profiter de sa majorité absolue au parlement régional pour proclamer l'indépendance de la Catalogne. Quand? D'ici dix-huit mois.

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Et qui est le successeur? Dimanche soir, les députés indépendantistes confirmeront Carles Puigdemont, 53 ans (voir ici sa page Facebook), pour succéder à Artur Mas, aux termes d'un compromis entre les formations sécessionnistes. Membre du même parti, ce journaliste de langue catalane est peu connu en dehors de Gérone, la ville de 97 000 habitants située à 100 km au nord de Barcelone, dont il est maire depuis 2011.

La loi accordait aux parlementaires catalans jusqu'à dimanche à minuit pour investir un président de gouvernement, faute de quoi de nouvelles élections auraient dû être convoquées. «Nous avons un projet en marche, solide et qui va dans la bonne direction», a commenté Carles Puigdemont sur son compte Twitter après cet accord qui permet aux indépendantistes de reprendre leur bras de fer avec Madrid:

A Madrid, «ils jubilaient ces dernières semaines en disant que la Catalogne s'enlisait. Depuis hier, ils sonnent de nouveau l'alarme", s'est réjoui dimanche Artur Mas devant les membres de son parti. Les indépendantistes regroupent leurs forces, alors qu'à Madrid les élections législatives du 20 décembre ont laissé un parlement fragmenté, où les conservateurs du chef du gouvernement sortant Mariano Rajoy ont perdu la majorité absolue et cherchent en vain des partenaires pour former une coalition. «La coalition indépendantiste profite du vide de pouvoir à Madrid», titrait dimanche le journal conservateur en ligne El Español.

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Face à la rébellion de la plus riche région d'Espagne, le cabinet Rajoy a insisté sur la nécessité pour le «prochain gouvernement d'Espagne de compter sur une large base parlementaire qui garantisse la stabilité et la capacité (de) faire face au défi indépendantiste» (voir ici le communiqué de la Moncloa).

Mariano Rajoy espère parvenir à un accord avec le Parti socialiste (PSOE), deuxième force politique en Espagne, et avec le parti libéral Ciudadanos, opposés comme lui à l'indépendance de la Catalogne. Le PSOE vise en revanche une alliance avec la gauche radicale de Podemos et des partis nationalistes en Catalogne et au pays Basque. Mais la situation à Barcelone lui complique encore la tâche.

«Comment allons nous expliquer que nous arrivions au pouvoir avec l'aide de ceux qui visent l'indépendance en quelques mois?», a confié un dirigeant socialiste au journal numérique de gauche El Diario. Le porte-parole du PSOE, Antonio Hernando, a évité dimanche de se prononcer sur de futures coalitions mais il a offert «son soutien au gouvernement en fonction pour faire respecter la loi»:

Le parlement doit voter vers 20h ce dimanche l'investiture de Carles Puigdemont, qui devra former ensuite son cabinet. Parmi les premières lois qu'il devra présenter figurent la création d'administrations fiscale et de sécurité sociale pour la Catalogne.

«C'est une solution de compromis, et c'est positif d'avoir quelqu'un de beaucoup plus jeune en politique qu'Artur Mas», commente un indépendantiste convaincu interrogé par Le Temps. «Il n'est pas soupçonné de traîner des casseroles comme Mas, même si l'on a rien trouvé de concret contre lui, et se mettre d'accord sur le nom de Puigdemont évite de convoquer de nouvelles élections, ce qui n'était pas un bon scénario.»

«Il y a accord. Nous aurons gouvernement et stabilité», a annoncé samedi sur Twitter Jordi Sanchez, le président de l'association Assemblée nationale catalane, qui, ces derniers jours, s'impliquait dans une médiation entre les différentes formations:

La majorité séparatiste – de droite, de gauche et d'extrême gauche – est censée amener la Catalogne à se séparer de l'Espagne en 2017 au plus tard. Le 9 novembre 2015, les députés indépendantistes avaient adopté une résolution annonçant le lancement du processus d'indépendance, annulée quelques semaines plus tard par la Cour constitutionnelle espagnole.

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