Allemagne

Agressions sexuelles de Cologne: comment la situation a dérapé

Selon la police, la plupart des suspects des agressions sexuelles de la Saint-Sylvestre sont des étrangers ou des réfugiés. Angela Merkel promet un durcissement de la loi sur les expulsions

Les abords de la gare de Cologne sont de nouveau noirs de monde ce samedi. Des milliers de manifestants ont pris d’assaut le cœur de la ville. Parmi eux de nombreuses femmes et jeunes filles venues protester contre les agressions sexuelles de la Saint-Sylvestre. Le scandale continue de provoquer un vif émoi en Allemagne, alors que l’implication de réfugiés est aujourd’hui avérée. En une semaine, 516 femmes ont porté plainte à Cologne et 130 à Hambourg, dans 40% des cas pour agressions sexuelles.

Entre 1000 et 2000 hommes se trouvaient aux environs de la gare ce soir-là, selon la police. La situation dérape vers 23h30, lorsque certains fêtards commencent à jeter des feux d’artifice dans la foule massée aux pieds des escaliers. La police décide alors de procéder à l’évacuation du parvis. Les hommes se séparent en petits groupes dans le noir. C’est à ce moment qu’ont commencé les agressions.

Face à une situation inédite, les forces de l’ordre sont incapables de protéger les jeunes femmes, «livrées aux attouchements d’hommes en rut, qu’elles soient accompagnées de leur petit ami ou non», comme le raconte Clara, une jeune fille blonde de 28 ans, qui a choisi de manifester ce samedi, à l’appel de divers mouvements féministes.

«Comme du bétail»

«Personne n’a jamais vu une chose pareille, poursuit Clara. Les hommes se jetaient sur les femmes comme si nous avions été du bétail.» Traumatisée, Clara n’ira pas cette année au carnaval de la ville début février. Mia, la trentaine, rapporte avoir été frappée à sa descente du train par «le fait qu’on ne parlait qu’arabe sur le quai, et qu’un nombre incroyable de femmes ou de très jeunes filles étaient en pleurs».

A ce jour, 32 suspects ont été identifiés à partir de matériel vidéo. Dont 22 demandeurs d’asile. «La plupart des suspects sont des réfugiés ou des étrangers en situation irrégulière», a confirmé samedi la police allemande. Selon le quotidien conservateur Die Welt, la majorité des personnes contrôlées le 31 décembre sur le parvis de la gare de Cologne étaient des Syriens. La police de Cologne a par ailleurs retrouvé une partie des téléphones volés aux victimes dans des foyers de demandeurs d’asile de la région.

Des attaques «planifiées»

Accusé d’avoir cherché à étouffer une affaire sensible, le président de la police de Cologne a présenté vendredi sa démission. Des faits similaires se sont produits la même soirée à Hambourg, Stuttgart, Francfort mais aussi à Zurich, Salzbourg et en Finlande. Pour le ministre allemand de la Justice, Heiko Maas, il ne fait «aucun doute» que les agressions étaient «planifiées». «Il semble bien qu’on ait cherché une date précise et la perspective de vastes rassemblements» pour agresser de jeunes femmes.

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«Merkel, dehors!» «L’Allemagne a survécu à la guerre, à la peste et au choléra, survivra-t-elle à Angela Merkel?» clame une pancarte agitée samedi à Cologne au milieu des drapeaux noir-rouge et or brandis samedi par les manifestants d’extrême droite de Pegida. Peu de femmes défilent à leurs côtés. «C’est comme si ces fachos défendaient un «cheptel» qui leur reviendrait face à la «concurrence» nouvelle que représentent les demandeurs d’asile», s’indigne Martha, une sexagénaire venue participer à une contre-manifestation de gauche. «Ces hommes ne s’intéressent pas à la situation des femmes! Moi je refuse les violences sexuelles, qu’elles soient le fait d’Allemands, d’étrangers ou de réfugiés!»

Alertes ignorées

De longue date, l’extrême droite dénonce «le risque» que représenteraient ces hommes non accompagnés pour les femmes allemandes. De fait, 75% des personnes vivant dans les foyers de réfugiés sont des hommes. Plusieurs responsables de foyers cherchent depuis des mois à attirer l’attention sur les violences sexuelles latentes dans les foyers: agressions de femmes voyageant seules, nécessité de créer des structures pour femmes et jeunes filles ayant perdu leur famille dans leur fuite…

«Le problème est l’image de la femme qu’ont de nombreux migrants venus du Moyen-Orient, estime Heinz Buschowsky, l’ancien maire social-démocrate de Neuköln, un quartier multiculturel de Berlin, invité régulier des plateaux télévisés. Pour beaucoup d’entre eux, une femme sortant le soir n’est rien d’autre qu’une prostituée. Il faudra plus que des cours d’intégration pour changer cette image de la femme!»

Incrédules, quelques réfugiés assistent samedi aux manifestations de Cologne. Franck, Congolais et son copain Ali, Iranien, ont voulu montrer leur soutien aux femmes de Cologne. «Depuis les agressions, nous venons après le travail lorsque nous avons le temps pour voir si tout se passe bien ici», expliquent les deux amis, installés en Allemagne de longue date.

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Les réfugiés qui parlent suffisamment allemand pour suivre le débat politique sont effondrés. «Les Allemands vont maintenant nous détester», soupire Ali, qui s’était réjoui de l’élan de solidarité dont ils avaient fait preuve à l’arrivée des premiers trains de Syriens, à la fin de l’été, à Munich.

Pression maximale sur Angela Merkel

Jamais Angela Merkel n’a autant été sous pression que depuis le scandale de Cologne. D’heure en heure, son discours se radicalise. Jeudi dernier, elle évoquait la nécessité de «revoir» le fonctionnement des expulsions. Samedi, elle se disait favorable à l’expulsion de tout réfugié ayant commis crime ou délit «dès qu’il est condamné à de la prison avec sursis».

La pragmatique chancelière, qui devra affronter mi-mars les électeurs de trois Länder à l’occasion d’importantes élections régionales, semble ne plus guère se soucier du respect de la convention de Genève et de la convention européenne des droits de l’homme qui interdisent l’expulsion de réfugiés menacés dans leur pays d’origine. Quant à son vice-chancelier social-démocrate Sigmar Gabriel, il menace de couper l’aide au développement aux pays comme le Maroc qui refusent de reprendre leurs citoyens expulsés.

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