Etats-Unis

Aux Etats-Unis, les républicains continuent de diaboliser l’Iran

Alors que les sanctions contre Téhéran devraient être levées à tout moment, le Grand Vieux Parti préfère diaboliser l’Iran et soutenir son «allié» saoudien

Des tankers remplis de pétrole mouillent au large des côtes iraniennes. Ils attendent de pouvoir mettre le cap sur l’Inde qui manque d’hydrocarbures. L’Iran est également prêt à ressusciter ses relations commerciales avec plusieurs pays européens. Selon la National Iranian Tanker Company citée par l’agence Mehr News, dès que les sanctions contre l’Iran liées à son programme nucléaire controversé seront levées, 220 000 barils de pétrole par jour seront exportés vers la France, le Royaume-Uni, l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne.

Il s’agit d'un basculement majeur. Pour qu’il se concrétise toutefois, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique Yukiya Amano et la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini doivent confirmer que la République islamique a bien mis en œuvre les mesures exigées par l’accord de Vienne sur le programme nucléaire iranien. Une communication est attendue à tout moment.

Pour se conformer à ses obligations, Téhéran a déjà réduit son stock d’uranium faiblement enrichi de 96% à 300 kilos et sa capacité d’enrichissement de 20 000 à 6000 centrifugeuses. Jeudi, il affirmait avoir mis hors-service son réacteur à eau lourde d’Arak. Selon les Iraniens, une partie de l’eau lourde est censée être vendue aux… Etats-Unis par l’intermédiaire d’un autre pays. La levée des sanctions européennes, américaines et onusiennes devrait permettre à l’Iran d’accéder à 100 voire 150 milliards de dollars qui avaient été gelés. Cette manne pétrolière retrouvée va aider Téhéran à remettre à flot son économie moribonde.

Outre-Atlantique, tout le monde ne vit pas cet événement comme un moment historique. Dans le débat télévisé de jeudi soir en Caroline du Sud, les républicains n’ont pas changé leur stratégie, continuant de fustiger l’accord sur le nucléaire et la politique de «faiblesse» de l’administration de Barack Obama envers l’Iran. Même dans le cadre de la crise entre l’Iran et l’Arabie saoudite, laquelle a exécuté une quarantaine de personnes dont un cheikh chiite, ils ont jugé bon de réaffirmer leur soutien à Riyad, «un vrai allié». Pour le sénateur républicain Ted Cruz, candidat à la présidence des Etats-Unis, il est insensé que la Maison-Blanche consente à «donner 150 milliards de dollars» à la république des mollahs qui s’évertue à exporter le terrorisme hors de ses frontières. La plupart des candidats ont cherché à diaboliser la République islamique. Pour eux, les images diffusées sur les télévisions iraniennes de marins américains ayant les bras levés, s’excusant d’avoir violé les eaux territoriales de l’Iran dans le golfe Persique, ne sont pas dignes de la première puissance mondiale. Ils n’hésitent pas à comparer l’incident au fiasco de la tentative de sauvetage des otages américains que le président Jimmy Carter avait voulu secrètement exfiltrer d’Iran.

Lire l'éditorial : Cette Amérique engluée dans la logique de l’Axe du Mal

Rompues depuis 1980, les relations des Etats-Unis avec l’Iran demeurent difficiles. L’accord sur le nucléaire a été annoncé un peu vite comme le début d’un rapprochement entre le «Grand Satan» et une République islamique placée sur l’Axe du Mal par George W. Bush lors de son discours sur l’état de l’Union en 2002. Il a fallu du temps pour que Washington juge nécessaire d’inclure l’Iran dans les négociations sur la Syrie. Les luttes de factions au sein même du régime iranien compliquent la lecture des intentions iraniennes et les républicains ne s’embarrassent pas de les décrypter. En décembre, des dizaines de sénateurs républicains furieux ont exhorté le président démocrate à refuser de lever les sanctions contre l’Iran après que celui-ci a procédé à des essais de missiles balistiques en violation de résolutions onusiennes. La semaine dernière, les Gardiens de la révolution, opposés à l’accord nucléaire, ont procédé à une autre provocation, effectuant des tirs de missiles à un kilomètre du porte-avions américain USS Harry Truman dans le détroit d'Ormuz.

Les républicains outre-Atlantique n’ont toujours pas digéré l’accord de Vienne qui n’a, selon eux, même pas aidé à faire libérer quatre Américains détenus dans les prisons iraniennes. Or là aussi, les choses bougent. Un ex-marine, Amir Hekmati, a pu brièvement quitter sa prison d’Evin pour se faire soigner. L’administration démocrate a récemment pris des contacts avec Téhéran pour un éventuel échange de prisonniers.

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