Analyse

AQMI veut tuer autant que l'Etat islamique

En frappant le Burkina Faso, un pays qui a connu en 2015 une tentative de putsch militaire, et opère une fragile transition politique, AQMI porte un coup en dehors de sa zone d'action habituelle, dans un pays à peine stabilisé.

Au moins 23 morts de 18 nationalités différentes, des dizaines de blessés, quatre assaillants tués dont deux femmes, dans une opération terroriste qui a eu lieu la nuit dernière dans la capitale du Burkina Faso, Ouagadougou. L'attentat coordonné a eu lieu dans trois points situés non loin les uns des autres, simultanément, l'hôtel Splendid, le restaurant Cappuccino et l'hôtel Iby, des lieux fréquentés par des expatriés. Les attaquants ont d'abord été neutralisés au Splendid et au Cappuccino. Mais à l'Iby, les djihadistes retranchés dans l'hôtel ont longtemps résisté aux militaires burkinabés qui tentaient de les en déloger et qui étaient appuyés par les forces spéciales françaises.

Lire: Au moins 23 morts dans une attaque djihadiste à Ouagadougou

Les cibles choisies montrent que les expatriés occidentaux étaient visés. Dans le Sahel, en raison de l'opération Barkhane dirigée par Paris, les Français sont perçus par les groupes djihadistes comme l'ennemi principal. Dès samedi soir, le groupe Al-Mourabitoune, une branche d'Al-Qaida au Maghreb islamiste (AQMI) a revendiqué l'attaque qui n'est pas sans rappeler celle qui avait fait 21 morts à l'hôtel Radisson Blu à Bamako, la capitale du Mali voisin et qui elle aussi avait été signée par Al-Mourabitoune.

Barkhane est déployée dans 5 pays et le quartier général de l'opération se trouve au Tchad, à N'djamena. Ouagadougou est une base arrière, utilisée conjointement par les forces spéciales françaises et le renseignement américain. En frappant le Burkina Faso, un pays qui a connu en 2015 une tentative de putsch militaire, et opère une fragile transition politique, AQMI porte un coup en dehors de sa zone d'action habituelle, dans un pays à peine stabilisé.

Une rivalité à mort

Cet attentat s'inscrit dans la rivalité entre AQMI et l'Etat islamique (EI). Si le premier est implanté depuis des années en Afrique du nord, surtout au Mali, au Niger, et en Algérie, le deuxième tente de s'y implanter. En Libye, l'EI a conquis ces derniers mois des territoires de plus en plus vastes sur la côte de part et d'autre de la ville de Syrte, et est en passe de supplanter AQMI.

Le groupe Al-Mourabitoune est la faction la plus active, la plus dangereuse donc, d'AQMI. Il est dirigé par l'Algérien Mokhtar Belmokhtar qui a signé aussi la prise d'otages d'In Amenas en 2013. Ses faits d'armes lui ont valu d'être désigné par l'EI comme une cible à abattre. Une sous-faction d'Al-Mourabitoune a même fait sécession pour rejoindre l'EI. Mais l'assaut à Ouagadougou montre que la capacité de nuisance de Mokhtar Belmokhtar n'est pas entamée.

Le domaine terroriste est hautement concurrentiel, celui des groupes djihadistes qui prendra la main, s'assurera du même coup le ralliement d'autres factions qui voudront faire allégeance au plus puissant. Les Shebabs somaliens refusent pour l'instant de quitter Al-Qaida, mais l'EI tente de les rallier. En outre, derrière la rivalité, il s'agit de contrôler des territoires et des routes de trafic. Au Sahel, la traite des êtres humains et de la drogue, en Libye, c'est la production de pétrole.

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