Interview

En Iran, «une victoire pour Obama et pour la diplomatie»

Ex-otage américain de l’ambassade américaine de Téhéran et rappelé en 2009 par l’administration Obama pour traiter de la question iranienne, l’ambassadeur John Limbert livre son analyse

En tant qu’ancien otage de l’ambassade américaine de Téhéran, comment avez-vous vécu la libération de quatre Américains détenus en Iran?

C’est une nouvelle qui me réjouit. Je connais bien le journaliste du Washington Post Jason Rezaian. C’est un excellent reporter, empathique, qui a toujours raconté de belle manière ce qui se passait en Iran. Personnellement, je connais très bien son père. Quand les otages de l’ambassade américaine de Téhéran dont moi-même avons été libérés en 1981, le père de Jason Rezaian nous a à chacun offert un tapis persan qu’il avait dans son commerce près de San Francisco. Il voulait dire par là que l’Iran, ce n’était pas que l’affaire des otages.

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La libération de ces Américains conclut une semaine dramatique avec la levée des sanctions et la libération, quelques jours plus tôt, de dix marins américains interceptés dans le golfe Persique par des Gardiens de la révolution…

C’est là qu’on voit le chemin parcouru. En novembre 1979, quand on a été pris en otages, on pensait que tout allait être réglé en vingt-quatre heures. On avait oublié que ni le président Carter, ni le secrétaire d’Etat Vance n’avaient à qui parler du côté iranien. Tous les canaux de communication s’étaient rompus. Là, les Etats-Unis ont pu compter sur une diplomatie 1-1, où l’on peut discuter avec des interlocuteurs dans la pure tradition de la diplomatie. Avec les marins, on a ainsi évité un grand cirque politique voire pire. Il y a trois ou quatre ans, une telle chose aurait été impossible.

Certains candidats républicains à la Maison-Blanche ont jugé humiliantes les images diffusées sur les télévisions iraniennes de marins américains les bras en l’air…

Ce n’était pas humiliant. J’ai personnellement vécu des choses bien pires. Et puis mettons les choses en perspective. Si un navire iranien avait violé les eaux territoriales américaines, les Américains n’auraient pas agi différemment.

Des voix critiquent l’échange de prisonniers. Qu’en pensez-vous?

Il n’y a pas de raison d’être outré par un tel échange, tout à fait normal. Les échanges de prisonniers sont des pratiques courantes.

Pour le président Obama, que représentent les événements de ce week-end?

C’est manifestement une grande victoire non seulement pour son administration, mais aussi pour la diplomatie en général. On est ici au cœur de l’action diplomatique: fixer un objectif et tout faire pour l’atteindre sans recourir à la force.

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Quels sont les intérêts qu’ont en commun Washington et Téhéran?

Ils ont tous deux intérêts à contrer l’extrémisme sunnite incarné dans des organisations comme l’Etat islamique ou Al-Qaida, à coopérer pour éviter qu’un nouveau gouvernement taliban ne s’installe en Afghanistan et pour le maintien de l’État irakien. En dialoguant, ils peuvent aussi éviter un conflit ouvert, une nouvelle guerre. A une échelle plus modeste, ils peuvent obtenir des résultats en coopérant en matière de lutte contre le narco-trafic, de régulation de la navigation dans le golfe Persique et de stabilisation du marché mondial du pétrole.

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Le rapprochement modeste, mais réel entre les deux pays augure-t-il d’une entente sur la Syrie?

Il y a quatre ans, quand le secrétaire d’Etat adjoint de l’époque, Bill Burns, voulait parler aux Iraniens, ces derniers fuyaient. A propos de la Syrie, l’Iran a toujours voulu obtenir un siège à la table de négociations. Il a été prêt à négocier sur son programme nucléaire pour y parvenir. Du côté américain, il n’était pas question de négocier avec Téhéran tant que la question nucléaire n’était pas résolue. Personnellement, quand j’étais dans l’administration Obama, je m’étais opposé à cette stratégie focalisée sur la seule question du nucléaire. J’ai eu tort et avec le recul, je suis content d’avoir eu tort…

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