Europe

Pacs à l’italienne: l’offensive feutrée des catholiques

L’Italie est l’un des derniers pays d’Europe occidentale à n’avoir aucune législation concernant les couples homosexuels

C’était à prévoir. Même si l’Eglise et le Vatican se tiennent plus éloignés que par le passé de la vie quotidienne des Italiens, les réserves exprimées par le secrétaire général de la Conférence épiscopale italienne, Mgr Nunzio Galantino, à propos du projet de loi d’union civile pour les couples homosexuels ont fouetté les ardeurs des parlementaires ouvertement catholiques. Le texte devrait être discuté au Sénat à partir du 28 janvier.

Reconnaissant la prérogative de l’Etat de légiférer «sur les unions de types variés», le prélat s’alarme, dans un entretien au Corriere della Sera du 13 janvier, des conséquences potentielles de la disposition permettant à un des membres du couple d’adopter l’enfant de son conjoint. Pour l’Eglise, selon laquelle la future loi présentée par la députée de gauche Monica Cirinnà est un «brouillon juridique», cette possibilité offerte aux couples hétérosexuels mariés ouvre la voie à une surenchère pouvant conduire à des demandes d’adoption simple ou au recours à des mères porteuses.

Dans la foulée de l’intervention de Mgr Galantino, une trentaine de parlementaires du Parti démocrate ont envoyé une lettre ouverte au premier ministre et secrétaire de la formation de centre gauche, Matteo Renzi, afin qu’il fasse retirer du texte de loi l’article concernant l’adoption. D’autres élus tentent de rédiger un amendement de substitution baptisée «garde renforcée», permettant à l’un des conjoints d’exercer une forme d’autorité sur l’enfant, lequel choisira à sa majorité d’être ou non adopté.

Le temps presse. L’Italie est l’un des derniers pays d’Europe occidentale à n’avoir aucune législation concernant les couples homosexuels et leurs droits. La Cour européenne des droits de l’homme a pressé la Péninsule, en juillet 2015, d’offrir «un cadre juridique spécifique pour reconnaître et protéger l’union entre personnes du même sexe». En l’absence de loi spécifique, le tribunal des mineurs de Rome a permis, en 2014, à un membre d’un couple homosexuel d’adopter l’enfant de son partenaire.

Pour Matteo Renzi, l’affaire est délicate. Même si le président du Conseil n’est pas à l’origine de la loi, il ne peut s’en désintéresser. Il l’a promise aux Italiens dans son discours d’investiture. Et la gauche attend de lui un signal politique, après avoir encaissé deux défaites sur la réforme du marché du travail et de l’école. Matteo Renzi refuse de céder pour l’instant aux prétentions de l’aile catholique de son parti. Position d’autant plus louable qu’il vient justement de cette tradition.

En 2007, il avait participé à Rome, aux côtés de la droite berlusconienne et traditionaliste, à une manifestation monstre contre un précédent projet d’union civile, le Dico (droits et devoirs des personnes vivant de manière stable en concubinage), obligeant le gouvernement de gauche de Romano Prodi à le retirer. D’autres projets ont connu le même sort, victimes d’oppositions transversales et de calculs politiques: ni le «contrat d’union solidaire «(CUS), ni les «droits et devoirs de réciprocité entre concubins «(DiDoRe), proposé par Silvio Berlusconi en 2008, n’ont pu voir le jour.

Comme le chef du gouvernement cependant, la société a évolué sur cette question. 55% des personnes interrogées se disent désormais favorables à la reconnaissance de droits juridiques pour les couples homosexuels. De plus, avertis par les précédents échecs, les législateurs ont pris toutes les précautions pour ménager les susceptibilités des «tradis», afin que rien ne puisse permettre de rapprocher le contrat liant des personnes de même sexe à un mariage qui reste pour eux le fondement de la famille. Ce pacs qui ne dit pas son nom s’intitule très officiellement «formation sociale spécifique».

Matteo Renzi espère que le scrutin à bulletin secret permettra à chaque parlementaire de voter en son âme et conscience. Sachant que toutes les formations politiques sont divisées sur ce sujet, il espère faire naître une majorité bariolée allant de la Ligue du Nord au Mouvement 5 étoiles. Son allié au gouvernement, le très catholique parti du Nouveau Centre-droit, a promis de ne pas faire de cette affaire un casus belli. «Il est clair que le gouvernement n’interviendra pas sur cette matière, aurait-il dit à ses proches, mais une loi est nécessaire.»

Mais le président du Conseil redoute que des calculs politiques l’emportent sur les convictions. Déjà, Silvio Berlusconi, converti aux droits des homosexuels, appelle son parti à voter contre le texte pour sanctionner l’exécutif. Quant à l’Eglise, elle joue l’ambiguïté. Alors qu’une manifestation en faveur de la famille traditionnelle est prévue le 30 janvier, à Rome, Mgr Galantino affirme que «les chrétiens conscients n’ont pas besoin d’un évêque qui les guide». Tout en espérant que «des parlementaires et des secteurs de la société civile font tout pour empêcher une fuite en avant».

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