Etats-Unis

Bernie Sanders menace Hillary Clinton

Etats-Unis. Le sénateur du Vermont, candidat «socialiste» à la Maison-Blanche pourrait remporter les primaires démocrates d’Iowa et du New Hampshire. Vent de panique dans le camp Clinton

Si l’élite du Parti républicain panique face à la montée des Trump et Cruz, l’establishment démocrate n’est pas tranquille non plus. Autoproclamé «socialiste démocrate», Bernie Sanders joue les trublions en surfant sur la colère qui sourd dans la société américaine. Il appelle à une «révolution politique». Depuis quelques semaines, sa cote de popularité ne cesse de monter, provoquant des sueurs froides au sein de l’équipe de campagne de l’ultra-favorite Hillary Clinton. A deux semaines du caucus de l’Iowa, le sénateur du Vermont a rattrapé une bonne partie de son retard et est sur les talons de l’ex-secrétaire d’État. Dans le New Hampshire, qui tient sa primaire une semaine plus tard, il est même en tête des sondages.

Sanders fustige la proximité de Clinton avec Wall Street

Le dernier débat télévisé avant les primaires, à Charleston en Caroline du Sud, a amplifié les contrastes entre les deux candidats qui se disputent l’investiture démocrate dans un contexte paradoxal. L’économie américaine a retrouvé des couleurs après la grande récession de 2008-2009. Le chômage a fortement baissé et la croissance est de retour. Mais les inégalités de revenus ont continué d’exploser, alimentant la colère d’une partie de l’électorat républicain et démocrate, surtout blanc et peu formé. Cette dynamique du mécontentement est favorable à Bernie Sanders.

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Ce dernier le répète à chaque débat: la classe moyenne est en train d’être détruite au profit des milliardaires. Le sénateur du Vermont a attaqué Hillary Clinton en raison de sa proximité de Wall Street, dénonçant le fait qu’elle a accepté «600 000 dollars» de Goldman Sachs pour parler à des conférences. Sa priorité est de «casser» les grandes banques qui représentent un risque systémique trop élevé, selon lui.

Les deux démocrates, qui ont marginalisé le troisième candidat, Martin O’Malley, se sont aussi affrontés sur un dossier plutôt inattendu: la santé. Or celui-ci illustre la différence entre le «candidat du changement», un idéaliste, et la «candidate de la continuité», une réaliste. Le premier a dévoilé un plan ambitieux visant à créer un système de couverture médicale universelle publique (l’équivalent de la caisse unique en Suisse), «Medicare for All» pour les 29 millions d’Américains qui n’ont toujours pas d’assurance-maladie. Le projet a un coût: 1380 milliards de dollars par an financés par une hausse des contributions des employeurs et des ménages et une légère hausse d’impôt. Hillary Clinton a elle mis en garde contre un tel dessein susceptible de faire le jeu des républicains qui rêvent toujours d’abroger l’Affordable Care Act, la réforme de la santé menée par l’administration démocrate.

Hillary Clinton sur la défensive

Hillary Clinton a manifestement sous-estimé le potentiel du sénateur du Vermont. Aujourd’hui, face à la menace croissante de Sanders, elle tend à surréagir. Dimanche soir, elle s’est appliquée à décrire son rival comme un proche de la National Rifle Association parce qu’il s’était opposé au Congrès à une législation plus stricte envers les fabricants d’armes. Son agressivité excessive l’a desservie au cours d’un débat qu’elle a, selon une majorité de commentateurs, perdu.

Le sénateur du Vermont, mais au bagout de Brooklyn, a deux atouts fondamentaux face à Hillary Clinton: sur la scène politique depuis plusieurs décennies, il a une cohérence difficile à prendre à défaut. Il inspire aussi la confiance par son honnêteté. L’ancienne sénatrice de New York peine à convaincre l’électorat qu’elle est digne de confiance. Montrant une expérience gouvernementale que son rival n’a pas, Hillary Clinton a un discours politique articulé et solide. Mais son défi est de regagner la confiance des Américains après l’affaire de la messagerie privée qu’elle a utilisée quand elle était cheffe de la diplomatie américaine au sein de l’administration Obama. Une pratique apparemment légale, mais éthiquement répréhensible.

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Si Bernie Sanders devait gagner les deux premières primaires en Iowa et dans le New Hampshire, le camp Clinton pourrait craindre un scénario cauchemardesque. En 2008, bénéficiant d’une forte avance sur Barack Obama, elle avait perdu le caucus d’Iowa, puis la présidentielle. Le chemin vers l’investiture reste cependant plus difficile pour le sénateur. Hillary Clinton a une organisation de terrain redoutable et dispose d’un autre atout de taille: elle est très appréciée par l’électorat afro-américain. A Charleston, elle n’a cessé de louer les mérites de Barack Obama sur la santé, la régulation de Wall Street et la détente avec l’Iran, même si, par rapport à Téhéran, elle avait des positions plus dures quand elle était au Département d’État.

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