Union Européenne

Bruxelles demande à Israël de mettre fin à la colonisation

Une résolution adoptée lundi fait le lien entre violences palestiniennes et manque de perspective de paix. L’Etat hébreu a tenté de faire capoter l’initiative, sans succès

Les ministres européens des Affaires étrangères ont adopté lundi une résolution qui va envenimer encore un peu plus les relations entre l’Union européenne (UE) et Israël. Le texte entend établir une nette distinction entre l’Etat hébreu et les territoires occupés après 1967. Concrètement, les Vingt-Huit refusent l’occupation des territoires palestiniens par Israël et par conséquent, les accords bilatéraux ne s’appliqueront plus dans ces zones. La résolution a été votée dans le cadre de l’initiative européenne pour promouvoir la paix au Proche-Orient et de créer deux Etats, Israël et la Palestine. «Cela ne constitue pas à un appel au boycott de l’Etat hébreu», précise la résolution.

L’UE somme les autorités israéliennes à mettre fin à la politique de colonisation et à démanteler toutes les constructions illégales érigées dans le Territoires. Selon EU Observer, un journal en ligne proche de la Commission, 16 000 colons s’installent chaque année en Cisjordanie et 2410 logements y ont été construits durant les six derniers mois. La résolution affirme que l’extension des colonies compromet la viabilité d’un éventuel Etat palestinien.

Une résolution européenne sans consensus

Par ailleurs, la résolution condamne fermement les attaques au couteau perpétrées par des Palestiniens contre des Israéliens. Elle établit toutefois un lien direct entre violences palestiniennes et manque total de toute perspective de paix. «Le rétablissement d’un horizon politique et la reprise de dialogue peuvent mettre fin à la violence», a déclaré Federica Mogherini, la cheffe de la diplomatie européenne, à l’issue de la réunion d’hier.

La résolution européenne n’est toutefois pas passée comme une lettre à la poste. Aucun consensus ne s’était dégagé lors d’une réunion préparatoire vendredi dernier. Les diplomates ont travaillé encore lundi avant de la soumettre aux ministres. Certains d’entre eux ne cachent pas que la tâche était ardue. Selon le quotidien Haretz de Tel-Aviv, qui cite des sources israéliennes, la France, l’Irlande et la Suède seraient les principaux promoteurs de l’initiative. A contrario, l’Allemagne et l’Italie auraient tenté de défendre les positions israéliennes, mais sans grand succès. Le ministre grec des Affaires étrangères, Nikos Kotzias, aurait insisté pour que la résolution dénonce «plus fermement le terrorisme palestinien contre l’Etat hébreu». Dans son édition de lundi, le journal ajoute que le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a appelé la Grèce, Chypre, la Bulgarie, la Hongrie et la République tchèque à rejeter la résolution.

Une décision jugée comme «une manifestation de l'antisémitisme européen»

Selon LPHInfo, un journal en ligne basé à Jérusalem, la diplomatie israélienne a été mobilisée tant à Bruxelles que dans les capitales européennes «pour tenter de faire échec à cette nouvelle manifestation de l’antisémitisme européen». Le journal parle de l’homme politique, écrivain et journaliste israélien Yaïr Lapid qui a rencontré Federica Mogherini, lui mettant en garde contre toute pression sur les Territoires. «Toute nouvelle tentative de hausser le ton sera contreproductive car elle aboutira à une mobilisation de la population israélienne en faveur de la Judée-Samarie [Cisjordanie]», cite le journal. LPHInfo accuse ouvertement un haut fonctionnaire européen «connu depuis très longtemps pour adopter une ligne très anti-israélienne et qui cherche par tous les moyens à porter atteinte aux [colonies] juives» de Cisjordanie.

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La résolution de lundi fait suite à une autre décision qui avait déjà envenimé les relations entre l’UE et l’Etat hébreu, prise à la fin de l’année dernière. Bruxelles avait alors introduit un système d’étiquetage de produits en provenance des Territoires. Pour l’UE, il ne s’agissait que d’une mesure technique. Le premier ministre israélien avait réagi en disant que «l’UE devrait en avoir honte».

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