Chine

La «confession» d'un disparu de Hongkong ne convainc pas

Une des cinq personnes soupçonnées d'avoir été enlevées par les autorités chinoises a confessé à la télévision un crime commis il y a 12 ans. Sa fille et d'autres n'y croient pas

L’affaire fait chaque jour un peu plus penser à un roman de John Le Carré. Dimanche soir, un des cinq disparus liés à la librairie Causeway Bay Books de Hongkong est réapparu à la télévision chinoise. Gui Minhai, qui n’était pas rentré d’un voyage en Thaïlande en octobre dernier, a confessé sur CCTV s’être rendu aux autorités chinoises pour un crime commis en décembre 2003. Il avait tué une étudiante dans un accident de voiture, alors qu’il conduisait en état d’ivresse.

«J’assume mes responsabilités légales et suis prêt à accepter tout châtiment», a déclaré Gui Minhai, en larme, lui qui avait fui la Chine après avoir été condamné à deux ans de prison avec sursis, selon CCTV. La télévision n’apporte pas d’explication pour la disparition de ses collègues, dont la librairie diffuse des livres critiques à l’égard du parti communiste chinois. Gui Minhai, qui possède un passeport suédois, est aussi actionnaire de Mighty Current, une maison qui édite ce type de livres, interdits en Chine mais dont les Chinois qui visitent Hongkong sont friands.

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Le Global Times, porte-voix de Pékin, s’est empressé d’écrire que l’affaire était donc résolue. Toutefois, l’interview de Gui Minhai ne convainc pas tout le monde. A commencer par sa fille qui a déclaré au quotidien hongkongais Apple Daily que son père ne pouvait avoir librement fait une telle confession.

«Il leur a fallu près de trois mois pour monter une justification et ils viennent avec cette intrigue que même les personnes pour qui «Obama est un musulman né au Kenya» auraient de la peine à avaler», réagit pour Le Temps Kevin Yam, à la tête du groupe Progressive lawyers, une association qui défend l’Etat de droit à Hongkong. Plusieurs parlementaires et défenseurs des droits de l’homme ont également fait part de leur incrédulité.

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Interrogé lundi matin en marge d’une conférence, le chef du gouvernement de Hongkong s’est quant à lui montré prudent. Cy Leung a déclaré n’avoir reçu «aucune information» des autorités de Chine continentale au sujet de Gui Minhai, ni de Lee Bo. Le cas du libraire est, pour Hongkong, le plus préoccupant puisqu’il semble avoir été enlevé alors qu’il se trouvait dans la région administrative spéciale, en violation de l’autonomie négocié lors de rétrocession de l’ancienne colonie à la Chine en 1997.

Le silence côté chinois surprend aussi alors que voilà dix-sept jours que la femme de Lee Bo a annoncé sa disparition à la police hongkongaise, soupçonnant son enlèvement. A plusieurs reprises, Lee Bo a écrit à sa femme pour la rassurer, mais dans des circonstances jugées troubles. Il lui a parlé en mandarin, et non en cantonais comme c’est l’usage à Hongkong. Il a utilisé des caractères simplifiés, alors que les Hongkongais ont gardé les caractères traditionnels. Autant d’éléments portant à croire qu’il communique sous le contrôle de Pékin.

Enfin, l’affaire a une dimension diplomatique. En visite à Hongkong où il participait lundi matin à une conférence, le vice-ministre suédois des Finances, Per Bolund a déclaré que Stockholm «est très préoccupé par le développement» concernant Gui Minhai, et demande aux autorités chinoises de faire preuve de plus d'«ouverture et de fournir des informations et un moyen pour que les autorités suédoises puissent contacter le détenu».

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