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Aux frontières européennes, bouchons, retards et autres tracasseries

Le rétablissement des contrôles dans plusieurs pays de l’espace Schengen complique la vie des voyageurs transfrontaliers, et fait craindre des effets sur les économies.

Près d’un tiers des pays signataires du traité de Schengen ont déjà suspendu son application. Que ce soit en raison du risque d’attentat ou de l’arrivée massive de migrants, sept Etats (France, Allemagne, Autriche, Slovénie, Danemark, Suède et Norvège) sur vingt-six membres pratiquent actuellement des contrôles aux frontières, contrairement à l’esprit du traité. La possibilité de rétablir temporairement des contrôles est certes prévue par le texte, mais son extension dans le temps et dans l’espace depuis cet automne pose problème. Et complique déjà en partie la vie des voyageurs.

Congestions

A l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, par exemple, les passagers issus de vols européens doivent désormais parfois passer par des contrôles et attendre près d’une heure à la sortie de leur avion. Certains voyageurs en correspondance risquent, pour cette raison, de rater leur vol. «Il arrive qu’il y ait effectivement des temps d’attente rallongés, à l’arrivée et au départ, mais le fait que les contrôles concernent des vols ciblés limite les éventuelles perturbations sur l’écoulement du trafic», veut toutefois rassurer Aéroports de Paris. Mais les terminaux n’ont pas toujours été prévus pour ces contrôles, ce qui ajoute à la confusion et à l’énervement des passagers.

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Dans la semaine suivant les attentats de Paris, en novembre 2015, de nombreux bouchons se sont formés aux frontières françaises en raison de contrôles systématiques. La circulation sur les autoroutes, notamment vers la Belgique ou l’Espagne, a été fortement perturbée. Sur l’A2 entre Mons en Belgique et Valenciennes dans le nord de la France, des camions ont causé des embouteillages parfois mortels au poste-frontière d’Hensies. De son côté, le Luxembourg, où travaillent des milliers de Français, a vu son activité économique fortement perturbée au début du rétablissement des contrôles en France. «Les employés arrivaient avec deux heures de retard et, dans le village frontalier de Steinfort, le long de la route venant de Metz, des camions formaient une file longue de 4 à 5 kilomètres», explique un responsable gouvernemental.

En raison à la fois de ces perturbations et de l’impossibilité de contrôler tous les axes, les contrôles sont désormais aléatoires aux frontières françaises. Depuis, des embouteillages se produisent ponctuellement, comme le 2 janvier quand 21 km de bouchons se sont formés à La Jonquera, en Espagne. En plus de pénaliser les travailleurs frontaliers, ces contrôles retardent le transport de marchandises.

«Les sévères effets négatifs des contrôles transfrontaliers»

Ailleurs en Europe, les Etats prennent pour l’instant les mêmes précautions. «Nous ne faisons pas du contrôle systématique, c’est très aléatoire», assure un responsable gouvernemental danois – le pays a rétabli les contrôles à la frontière avec l’Allemagne le 4 janvier pour limiter l’arrivée de migrants.  Les observateurs économiques anticipent de sévères effets négatifs des contrôles transfrontaliers sur l’économie danoise», alerte toutefois le service économique de l’ambassade de France dans une note publiée le 15 janvier. Le voisin suédois pratique, lui, depuis le 4 janvier, des contrôles systématiques d’identité, auxquels tous les voyageurs doivent se plier, qui allongent le temps de trajet des 8 000 travailleurs frontaliers entre Suède et Danemark.

A la frontière germano-autrichienne, principal point d’entrée des migrants en Allemagne, les contrôles ont été rétablis fin septembre 2015. Mais la situation ne semble plus provoquer de grogne majeure, même si elle reste problématique, notamment pour la ville de Salzbourg, dont l’agglomération est collée à la frontière et dont une partie du bassin d’activité naturel se trouve en Allemagne.

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