Asie

La Chine au ralenti, il faudra s’y habituer

Les dernières statistiques confirment le ralentissement de la deuxième économie mondiale. Une mauvaise nouvelle pour l’économie planétaire. Un défi pour le pouvoir chinois

La Chine est-elle en panne? S’il n’a pas calé, le moteur ces dernières années de la croissance mondiale donne des signes d’essoufflement de plus en plus clairs provoquant des mouvements de paniques sur l’ensemble des marchés. Les derniers chiffres de la croissance (6,9% pour 2015 contre 7,4% en 2014) livrés mardi par Pékin n’ont pas engendré de nouvelles chutes des bourses mondiales, mais ils nourrissent l’inquiétude: le ralentissement chinois a un effet systémique dont les premières victimes sont les pays émergents jusque-là entraînés dans le sillage de l’usine du monde. Quand la production industrielle chinoise chute, c’est le marché mondial des matières premières qui s’effondre.

Le recul de la production d’électricité (- 0,2%) est le chiffre le plus parlant: c’est la première fois que la tendance s’inverse depuis des décennies. Il sera d’autant plus commenté que le premier ministre Li Keqiang – comme l’avait indiqué un câble diplomatique américain révélé par wikileaks considère ce critère comme l’un des seuls fiables pour juger de la santé économique dans un pays où les statistiques sont au service des cadres du parti.

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Nouvelle mutation

Tassement du PIB, recul industriel, augmentation de la dette, baisse des investissements étrangers, délocalisation d’entreprises, autant de signes qui pourraient faire craindre une crise. En Chine, le pouvoir appelle cela la «nouvelle normalité». Il faudra s’y habituer. Anticipée par le parti communiste, cette décélération est en partie subie, en partie pilotée.

Le modèle économique chinois est en effet entré dans une nouvelle mutation. Principale bénéficiaire de l’ère de globalisation de la décennie 1999-2008, la Chine est passée à travers la crise financière mondiale sans trop de dégâts grâce au plus important plan de relance au niveau planétaire (4000 milliards de yuans – environs 680 milliards de francs). C’était en 2009. Ce stimulus dicté par l’État chinois a permis d’éviter le pire – la mise au chômage de millions de personnes – mais il a aussi nourri la corruption et renforcé les déséquilibres avec une mauvaise allocation du capital: surinvestissements dans plusieurs secteurs industriels et dans l’immobilier, endettement massif des collectivités locales.

Dans les allées d’un Walmart pékinois. La consommation intérieure peine à compenser la baisse des exportations et des investissements. © Kim Kyung Hoon / Reuters

«Rôle décisif du marché»

Depuis le 18e congrès du Parti communiste chinois (PCC), réuni en novembre 2013, Pékin s’est engagé dans une nouvelle vague de réformes pour lesquelles le marché se voit désormais attribuer un «rôle décisif». En fin d’année dernière, des représentants du pouvoir sont allés jusqu’à évoquer le basculement vers une politique de l’offre. Constatant que la consommation intérieure avait de la peine à compenser la baisse des exportations et des investissements, certains économistes prônent une révolution libérale de type reaganienne pour rendre l’économie plus compétitive. Un traitement de choc aux antipodes des mœurs étatiques du PCC.

Fini les objectifs de croissance à 8 ou 9%. Pékin table sur 6,5% pour les cinq ans à venir

Xi Jinping, le secrétaire général du parti, veut transformer le pays comme l’avait fait Deng Xiaoping avant lui en présidant aux deux premières phases de grandes réformes. La première avait débuté en 1978 avec la décollectivisation des terres et l’ouverture du pays aux investissements étrangers. La deuxième phase débute en 1992, lorsque le Petit timonier donne le signal de la restructuration des entreprises d’État pour relancer la machine après le coup d’arrêt provoqué par le massacre de Tiananmen trois ans plus tôt. Elle culminera avec l’adhésion à l’OMC en 2000 et l’émergence de la Chine comme première puissance commerciale dix ans plus tard.

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Comme le Japon en 1986

Entre-temps, le pays s’est profondément transformé, le PIB par habitant (mesuré en parité de pouvoir d’achat) ayant atteint l’an dernier le niveau du Japon en 1986. La recette – main-d’œuvre docile et bon marché, fiscalité attrayante, droit de polluer – pour attirer les investissements et le savoir-faire étranger ne fonctionne plus. En se raréfiant, le travail s’est renchéri. Pour lutter contre les inégalités parmi les plus criantes de la planète, la fiscalité s’est renforcée. L’environnement saccagé et la pollution sont aujourd’hui une préoccupation pour la population qui réclame une croissance qualitative.

La Chine est engagée dans une restructuration de son économie qui doit lui permettre une montée en gamme de son appareil productif. Fini les objectifs de croissance à 8% ou 9%. La nouvelle normalité table sur 6,5% pour les cinq ans à venir. Entre les injonctions du marché et les impératifs d’une dictature, la marge de manœuvre est étroite pour les réformateurs. Du coup, le consensus des économistes chinois, relevait dans une note récente François Godement, directeur du programme Chine au Conseil européen des relations internationales, conclut à la «poursuite modérée mais stable du déclin de la croissance» ces prochaines années. Il faudra une crise bien plus profonde pour forcer le gouvernement à véritablement transformer ses entreprises.

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