Union européenne

La Pologne défend sa souveraineté nationale bec et ongles

Sur un ton sobre, la première ministre polonaise Beata Szydlo a défendu l’action de son gouvernement au Parlement européen

C’était entendu d’avance. Beata Szydlo est venue mardi après-midi au Parlement européen en terrain hostile. De nombreux députés se sont tout de même félicités que la première ministre polonaise ait tenu à défendre personnellement les décisions controversées de son gouvernement, pour lesquelles la Commission a lancé une procédure d’évaluation de l’Etat de droit la semaine dernière.

Le ton du débat était plutôt modéré, alors même qu’on pouvait s’attendre au pire. Beata Szydlo avait, avant de prendre l’avion, affirmé qu’elle n’allait pas «conduire la politique étrangère de son pays sur les genoux». Son mentor et chef de parti au pouvoir Droit et justice (PiS, conservateur et eurosceptique) Jaroslaw Kaczynski avait, pour sa part, averti que «Varsovie n’allait pas céder aux pressions de l’UE».

Beata Szydlo a expliqué que son pays tenait à respecter les valeurs européennes. «Nous allons toutefois, en toute souveraineté, mener les changements pour lesquels nous avons été élus démocratiquement», a-t-elle affirmé. Selon elle, le changement controversé au sein de la justice corrige un abus de pouvoir du gouvernement libéral sortant, procédant à des nominations abusives à la Cour constitutionnelle juste avant les élections. L’autre décision concerne les médias publics. Selon la première ministre, elle ne met pas en cause la pluralité de la presse.

Nous allons mener les changements pour lesquels nous avons été élus démocratiquement

Qualifiant le débat de «dégradant», Beata Szydlo a poursuivi en disant que «nous ne sommes pas contents de nous faire contrôler par l’UE. Nous sommes un Etat souverain et un Etat libre». Et de conclure: «Les problèmes polonais seront résolus par les Polonais. Ça a été la catastrophe chaque fois lorsque des parties tierces sont intervenues dans nos affaires intérieures.»

«Le gouvernement polonais a le droit de modifier des lois, mais il ne peut pas changer les valeurs démocratiques européennes», a répondu le député Esteban Gonzales Pons (conservateur, espagnol). L’ancien premier ministre belge et chef du groupe libéral au Parlement, Guy Verhofstadt, a critiqué le gouvernement polonais qui «a abusé de sa majorité et modifié les équilibres au sein des institutions nationales». Mais plusieurs voix, y compris celles des députés polonais hostiles au régime actuel, ont défendu les propos de Beata Szydlo.

La veille, le chef de l’Etat polonais, Andrzej Duda, s’était expliqué avec le président du Conseil européen, son compatriote et néanmoins adversaire politique Donald Tusk à Bruxelles. Les deux hommes ont appelé «à mettre fin à l’hystérie qui sévit sur la question du respect ou non, par le gouvernement polonais, des principes de l’Etat de droit». La semaine dernière, Donald Tusk avait fait part de ses réserves sur l’initiative de la Commission d’avoir ouvert une procédure de sauvegarde de l’Etat de droit visant la Pologne.

L’offensive diplomatique polonaise a été suivie de près au pays. Pour Micolaj Pindelski, professeur d’économie à l’Université de Varsovie, «tous les efforts consentis à ce jour afin de moderniser la Pologne et de l’arrimer à l’Europe occidentale sont perdus à cause des actions autoritaires de notre gouvernement. Nous craignons que la Pologne ne soit désormais considérée comme un pays renégat.» Selon lui, la société civile regroupée au sein du Comité pour la démocratie (COD), malgré la campagne d’intimidations contre ses dirigeants, s’érigera comme un rempart contre les excès du régime. Il fait remarquer que des milliers de personnes sont déjà descendues dans la rue pour protester contre les mesures concernant la justice et les médias publics.

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